‹ Théâtre complet de G. E. LessingChapitre 39 sur 114 · SCÈNE XVI Maetin CROUMM, le voyageue · texte numérisé non relu

SCÈNE XVI Maetin CROUMM, le voyageue

maetix croumm. (Il aperçoit le voyageur et veut s'en retourner.) Ha !

le voyageue. Eh bien , eh bien , approchez , mon ami... (A part.) Il est, ma foi, timide comme s'il savait mes pensées... Eh bien? veuillez approcher.

maetin ceoumm. (Arrog animent.) Je n'en ai pas le temps. Je sais déjà ce que vous voulez me conter. J'ai des affaires plus importantes ailleurs. Je ne veux pas entendre, pour la dixième fois, le récit de votre action héroïque'. Racontez-la à qui ne la sait pas encore.

le voyageue. Qu'est-ce que j'entends? Tout à l'heure le bailli était gracieux et poli, et maintenant il est insolent et grossier. Quel est donc votre vrai masque?

maetin ceoumm. Eh! Qui est-ce qui vous a appris à m'outrager, en appelant mon visage un masque? Je ne veux pas me quereller avec vous... sans quoi... (Il veut s'en aller.)

le voyageue. Sa conduite insolente me confirme dans mes soupçons. — Non, non, patience ! J'ai quelque chose d'indispensable à vous dire...

maetin ceoumm. Et je n'aurai rien à y répondre, quelque indispensable que cela soit. Ainsi épargnezvous la demande.

le voyageue. Je vais en faire l'épreuve... Mais il me serait pénible de vous faire tort... Mon ami, avez-vous vu ma tabatière? Je l'ai égarée...

maetin ceoumm. Quelle question? Qu'y puis-je, si on vous l'a volée? Pour qui me prenez-vous? Pour le receleur, ou pour le voleur?

LES HJIFS

le voyageur. Qui vous parle de vol?... Vous vous trahissez presque vous-même...

martin croumm. Je me trahis moi-même? Vous pensez donc que je l'ai? Savez-vous bien les conséquences d'une accusation pareille contre un honnête homme, les savez-vous?

le voyageur. Pourquoi tant crier? Je ne vous ai pas encore accusé. Vous êtes votre propre accusateur. Je ne sais pas d'ailleurs si je me tromperais beaucoup. Qui ai-je donc tout à l'heure surpris, au moment où il voulait enlever ma montre?

martin croumm. Oh! vous êtes un homme qui ne comprend nullement la plaisanterie. Entendez -vous! {A part.) Pourvu qu'il ne l'ait pas vue entre les mains de Lisette !... La coquine n'aura-t-elle pas eu la sottise d'en faire parade?

le voyageur. Oh! je comprends si bien la plaisanterie, que' je crois que vous vouliez plaisanter avec ma tabatière. Mais quand on prolonge trop la plaisanterie, elle finit par tourner au sérieux. J'en suis fâché pour votre bonne renommée. En supposant que je fusse convaincu que vous n'avez pas eu de mauvais dessein, il y en aurait d'autres...

martin croumm. Ah ! d'autres... d'autres... il y en aurait d'autres, qui depuis longtemps seraient las de se laisser reprocher une telle chose. Pourtant, si vous pensez que je l'aie... fouillez-moi... visitez-moi...

le voyagp:ur. Ce n'est pas ma fonction. D'ailleurs on ne porte pas non plus tout sur soi dans ses poches.

martin croumm. Eh bien, afin que vous voyiez que je suis un honnête garçon, je vais moi-même retourner mes poches... Faites attention... (A part.) Ce serait bien le diable si elle en tombait.

le voyageur. Oh! ne vous donnez pas cette peine.

martin croumm. Non, non, vous verrez, vous verrez. (Il retourne une de ses poches.) Y a-t-il là une tabatière? Voilà des croûtes de pain : c'est ce que j'aime. (Il retourne Vendre.) Là non plus, rien... Ah! cependant, un petit calendrier. Je le conserve à cause des vers qui s'y

trouvent sur les mois. Ils sont très drôles!... Eh bien, continuons. Faites attention; je vais retourner la troisième. (Quand il la retourne, il en tombe deux longues barbes.) Par le bourreau ! Qu'est-ce que je laisse tomber? (Il veut vite les reprendre, le voyageur est plus agile et en ramasse une.)

le voyageue. Qu'est-ce que cela veut dire?

martdt ceotjmm. (A part?) Damnation! Je pensais avoir depuis longtemps jeté cette guenille.

le voyageue. Mais c'est une barbe. (Il V approche de son me ut on.) Est-ce que je ressemble bien ainsi à un juif?

maetix cboxjmm. Àh ! donnez, donnez-la. Qui sait ce que vous en pensez encore. Elle me sert à effrayer quelquefois mes enfants. Voilà.

le voyageue. Auriez-vous la bonté de me l'a laisser? Elle me servira aussi à effrayer.

maetin CE0U3OI. Ah! ne me vexez pas. Il faut me la rendre. (Il veut la lui arracher des mains.)

le voyageue. Dehors, ou...

maetin ceoumm. (A part.) Peste ! c'est le moment de nier. — C'est bon, c'est bon ! Je vois que vous êtes venu ici pour mon malheur. Mais, par tous les diables, je suis un honnête garçon. Et je voudrais voir qui pourrait dire du mal de moi. Songez-y. Il en arrivera ce qui voudra, je puis bien jurer que je ne me suis servi de cette^ barbe pour rien de mauvais... (Il sort.)

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