SCÈNE XVIII Le baeon, le voyageue
le voyageur. Ne croiriez-vous pas que c'est la barbe d'un des bandits juifs, que j'aurais hier arrachée dans la mêlée? {Il montre la Horde av. baron.)
le baeon. Qu'entendez-vous par là, monsieur?... Mais pourquoi nravez-vous quitté si vite au jardin?
le voyageue. Pardonnez-moi mon impolitesse. J'allais à l'instant retourner auprès de vous. Je venais seulement à la recherche de ma tabatière, que je dois avoir perdue près d'ici.
le baeon. Cela m'est des plus sensibles que chez moi-même vous fassiez cette perte.
le voyageue. La perte n'est rien... Mais veuillez considérer attentivement cette énorme barbe.
le baeon. Vous me l'avez déjà montrée. Pourquoi?
le voyageue. Je vais m'expliquer plus clairement. Je crois : — Non cependant, je garde pour moi mes conjectures...
le baeon. Vos conjectures? Expliquez-vous.
le voyageue. Non, je me suis trop pressé. Je pourrais me tromper...
le baeon. Vous m'inquiétez.
le voyageue. Que pensez-vous de votre bailli? *
le baeon. Non, non, ne changeons pas de conversation... Je vous conjure par le bienfait que vous m'avez rendu, de me révéler la conviction, la supposition où vous pourriez vous être trompé.
le voyageue. C'est votre réponse à ma question qui me portera à vous révéler la chose.
le baeon. Ce que je pense de mon bailli?... Je pense que c'est un très brave et honnête homme.
le voyageue. Alors oubliez que j'ai voulu vous dire quelque chose.
le baeon. Une barbe... des conjectures,., le bailli...
comment relier tout cela ensemble?... Mes prières ne peuvent-elles rien sur vous?... Vous pourriez vous être trompé? En supposant que vous vous soyez trompé, quel risque courez-vous près d'un ami ?
le voyageur. Vous m'y forcez. Donc, je vous dirai que le bailli a par inadvertance laissé tomber cette barbe ; qu'il en avait encore une autre qu'il a rapidement ressaisie ; que ses paroles ont trahi un homme, qui croit que l'on pense de lui autant de mal qu'il en a fait ; que je l'ai pris d'ailleurs sur le fait d'un acte très peu consciencieux... ou tout au moins très peu clair.
le baron. Vous m'ouvrez les yeux... Je crains... que vous ne vous soyez pas trompé. Et vous hésitiez à me révéler une telle chose?. . . A l'instant je vais tout mettre en œuvre pour découvrir la vérité. Faut-il que j'abrite mon meurtrier sous mon propre toit?
le voyageur. Cependant ne m'en veuillez pas, si, par bonheur, vous deviez trouver fausses mes conjectures. Vous me les avez arrachées, sans quoi je m'en serais tu.
le baron. Quand je les trouverais fausses, je ne vous en remercierais pas moins.