SCÈNE II THÉOPHANE, JULIANE, HENRIETTE, LISETTE
hexeiette. {Elle s'élance à la rencontre de Théoyliam.) Venez donc, Théophane, venez ! Pourrez-vous croire que j'ai été obligée de prendre votre parti contre ma sœur? Admirez mon désintéressement. Je vous ai porté aux nues, quoique cependant je susse que vous n'êtes pas pour moi, mais que vous êtes destiné à ma sœur qui n'apprécie pas votre mérite. Songez seulement qu'elle soutient que vous n'êtes pas aussi beau qu'Adraste. Je considère cependant Adraste avec les yeux d'une amante, c'est à dire que je me le fais encore cent fois plus beau qu'il n'est ; mais ne lui redites rien de mes réflexions. Elle dit, il est vrai, que du côté de l'esprit vous auriez plus de charmes ; mais nous autres femmes, que savons-nous de l'esprit?
juliaxe. La babillarde! Vous la connaissez, Théophane ; ne la croyez pas.
LE LIBERTIN loi
théophane. Moi, ne pas la croire, très belle Juliane? Pourquoi ne voulez-vous pas me laisser dans cette délicieuse conviction — que vous avez parlé si avantageusement de moi?... Merci, très charmante Henriette, pour votre défense; merci d'autant plus que je suis fortement convaincu qu'il vous a fallu défendre une mauvaise cause. Mais...
Henriette. Oh ! Théophane, je n'exige pas que vous me donniez raison. C'est une certaine autre personne...
juliane. Laissez-moi vous dire la justice de cette autre personne, et vous connaîtrez ainsi, j'espère, Théophane, mes pensées...
théophane. N'en agissez pas avec moi, très chère Juliane, comme avec un étranger. N'employez aucune justification : à cette explication je perdrais davantage... Sur les livres, dans un étroit et poudreux cabinet d'étude, on oublie très facilement le soin de son corps; et le corps, vous le savez, demande autant de soin que l'âme, pour que tous deux aient les qualités dont ils sont susceptibles. Adraste a été élevé dans le grand monde. Il a tout ce qui rend le grand monde aimable...
Henriette. Et si c'étaient-là des défauts?
théophane. Je n'ai pas le moins du monde voulu faire cette remarque... Mais un moment de patience! Un grand esprit ne peut pas toujours s'abandonner à ces défauts ; Adraste finira par reconnaître la petitesse de ce grand monde, qui ne se trahit que beaucoup trop par le vide qu'il laisse après lui dans notre cœur. Je suis si sûr de sa conversion que je l'aime d'avance à cause de cela. . . Combien vous- vivrez heureuse avec lui , heureuse Henriette ! *
Henriette. Jamais Adraste ne parle aussi noblement de vous, Théophane.
juliane. Voilà de nouveau une bien vilaine remarque, ma chère sœur... Que veux- tu, en disant cela à Théophane? Il vaut mieux en tout temps ne pas savoir qui parle mal de nous. La connaissance de nos calomniateurs jette contre eux, même dans le cœur le plus ma-
gnaninie, un sorte d'éloignement, qui rend plus difficile encore la réconciliation de ceux-ci avec la personne offensée.
théophane. Vous me charmez, Juliane. Mais n'ayez aucune crainte. L'effort que j'aurai fait sur moi-même pour juger mieux Adraste, qui maintenant me méprise, fera tôt ou tard éclater mon triomphe. Ne gâterais-je pas en entier ce triomphe en voulant prendre quelque pique contre lui ? Il ne s'est pas encore donné la peine de m'étudier de près. Peut-être trouverais-je un moyen de l'y amener... Mais quittons à présent ce sujet, et permettez-moi de vous annoncer un de mes plus intimes parents et amis, qui s'est fait un plaisir de venir ici me surprendre...
juliane. Un parent?
Henriette. Et qui est-il?
théophane. Araspe.
juliane. Araspe?
hexeiette. Oh, niais, c'est parfait. Où est-il donc?
théophane. Il arrive à l'instant, et m'a promis de me suivre sans retard.
Henriette. Papa le sait-il déjà?
théophane. Je ne crois pas.
juliaxe. Et grand'maman?
hexriette. Viens, ma petite sœur, allons tout de suite leur porter cette joyeuse nouvelle... Tu ne m'en veux pas pourtant ?
juliane. Qui pourrait t'en vouloir, câline? Viens seulement.
théophane. Permettez-moi de l'attendre ici.
Henriette. Pourvu que vous nous l'ameniez bientôt. Entendez-vous?