‹ Théâtre complet de G. E. LessingChapitre 82 sur 114 · SCENE PREMIÈRE JULIANE, HENRIETTE, LISETTE · texte numérisé non relu

SCENE PREMIÈRE JULIANE, HENRIETTE, LISETTE

Henriette. Dis ce que tu voudras; sa conduite est impardonnable.

juliane. On serait peut-être de ton avis, si l'on avait entendu ses arguments. Mais, ma chère Henriette, ne prendras- tu pas mal de moi, une petite admonition fraternelle?

Henriette. Quant à cela , je ne puis te le dire d'avance. Si elle devait avoir trait à ce que je m'imagine...

juliane. Certes, si tu en viens à tes imaginations...

Henriette. Oh! mes imaginations me satisfont. Je ne puis dire d'elles qu'elles m'aient jamais beaucoup trompées !

juliane. Que veux-tu dire par-là?

henrlette. Est-il donc nécessaire qu'on veuille toujours dire quelque chose? Tu sais bien qu'Henriette babille volontiers tout le jour, et qu'elle s'étonne toujours elle-même, quand par hasard elle rencontre ud petit point, le petit point qu'on n'aimerait précisément pas qu'elle rencontrât.

juliane. Eh bien, écoute un peu, Lisette!

Henriette. Oui, Lisette, écoutons un peu, quelle est l'admonition fraternelle qu'elle veut me communiquer.

juliane. Est-ce une admonition à ton adresse?

heneiette. Il me semble que c'est toi qui le dis.

juliane. Ce serait très mal de ma part de t'en vouloir faire la moindre.

heneiette. Oh ! je t'en prie...

juliane. Laisse-moi.

heneiette. L'admonition, petite sœur!

juliane. Tu ne la mérites pas.

heneiette. Dis-la moi, sans que je l'aie méritée.

juliane. Tu vas m'irriter.

heneiette. Et moi... moi, c'est tout fait. Mais ne pense pas toutefois que ce soit contre toi. Je ne le suis contre personne autre qu'Adraste. Et, ce qui me rendra irréconciliable avec lui, c'est qu'à son occasion, ma eceur me fait tort.

juliane. De quelle sœur parles-tu?

heneiette. De laquelle?... De celle que j'ai.

juliane. Je ne t'ai jamais vue si susceptible... Tu sais, Lisette, ce que j'ai dit.

lisette. Oui, je le sais ; et ce n'était, en réalité, rien autre qu'une innocente louange d'Adraste, de laquelle je n'aurais pas supposé qu'elle pût suffire à rendre jalouse mademoiselle Henriette.

juliane. Une louange d'Adraste?

heneiette. Moi, jalouse?

lisette. Calmez-vous?... Voilà ce qui arrive aux gens qui veulent faire passer carrément la vérité ; ils font tort à tout le monde.

heneiette. Moi, jalouse? Jalouse à l'occasion d'Adraste? A partir d'aujourd'hui, je ne demanderai rien au Ciel avec plus de ferveur, que de me sauver des mains de cet homme.

juliane. Moi, une louange d'Adraste? Est-ce une louange, de dire qu'un homme peut ne pas être d'aussi bonne humeur un jour que l'autre? De dire que l'amertume d'Adraste dont ma sœur se plaint, n'est pas naturelle, et qu'elle doit avoir sa source dans un chagrin survenu? De dire qu'un homme comme lui est peut-être seulement trop en proie à de sombres réflexions ?

Ki,

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