‹ Théâtre complet de G. E. LessingChapitre 86 sur 114 · SCÈNE V JULIANE, ADRASTE · texte numérisé non relu

SCÈNE V JULIANE, ADRASTE

adeaste. {Cherchant autour de lui.) Qui a parlé ici?

JULIAKE. Ciel ! c'était la voix de ma sœur.

adeaste. Oui, c'était sa voix. Quelle curiosité ! Quelle indiscrétion! Non ! Non! Je ne retire rien : elle a tous les défauts que je lui donnais et d'autres encore ; je n'aurais pas pu l'aimer, quand même j'eusse été complètement libre, complètement indifférent pour une autre.

juliane. Quels chagrin vous allez m'attirer, Adraste !

adeaste. Soyez sans inquiétude ! Je saurai vous épargner tous vos chagrins par mon prompt éloignement.

juliane. Par votre éloignement?

adeaste. Oui, j'y suis fermement résolu. Les circonstances où je me trouve sont telles que j'abuserais de la bonté de Lisidor, en demeurant plus longtemps. Et, du reste, j'aime mieux prendre moi-même mon congé que de le recevoir.

juliane. Vous ne réfléchissez pas à ce que vous dites, Adraste. De qui pourriez-vous le recevoir?

adeaste. Je connais les pères, belle Juliane, et je connais aussi les Théophane. Permettez-moi de ne pas m' expliquer plus clairement. Ah! Si je pouvais me flatter que Juliane... Je ne dis rien de plus. Je ne me veux pas flatter de quelque chose d'impossible. Non, Juliane ne peut pas aimer Adraste, elle le doit haïr.

juliane. Je ne hais personne, Adraste...

adeaste. Vous me haïssez : car ici, haïr c'est ne pas aimer. Vous aimez Théophane... Ah! Le voici luimême.

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