SCÈNE IX THÉOPHANE, le changeur
le changeur. Vous pardonnerez, monsieur. Je ne voudrais que dire un mot à M. Adraste.
théophane. Il vient justement de sortir. Voulez-vous me charger de la commission?...
le changeur. Si j'ose prendre cette liberté... Il m'a demandé à emprunter une somme d'argent, et je la lui ai même promise tout d'abord. Mais j'ai fait maintenant des réflexions et je viens me dédire auprès de lui, voilà tout.
théophane. Des réflexions, monsieur? Quelles réflexions? Aucune cependant qui touche Adraste?
le changeur. Pourquoi pas?
théophane. N'est-ce pas un homme qui a du crédit?
le changeur. Le crédit, monsieur, vous savez ce que c'est : on peut avoir aujourd'hui du crédit, sans être sûr d'en avoir le lendemain. J'ai appris sa situation présente...
théophane. (A part.) Il faut faire tout ce qu'il sera possible pour éviter l'éclat. — On vous a dû faire de faux rapports... Me connaissez-vous, monsieur?...
le changeur. Personnellement, non : peut-être que si j'entendais votre nom...
théophane . Théophane . . .
le changeur. C'est le nom d'une personne dont j'ai toujours entendu dire le plus grand bien.
théophane. Si vous ne voulez pas prêter la somme à M. Adraste. sur sa seule signature, voulez-vous le faire sur la mienne?
le chaxgeur. Avec plaisir.
théophaxe. Ayez donc la bonté de m'accompagner dans ma chambre. Je vous donnerai les sûretés néces-
saires, à condition que vous cacherez mon cautionnement à Adraste lui-même.
lechangeue. A lui-même ?
théophane. Entièrement, afin de lui épargner le chagrin que lui causerait votre défiance...
le changeuh. Il faut que vous soyez un généreux ami...
théophane. Ne demeurons pas plus longtemps. (Ils sortent.)