‹ Théâtre complet de G. E. LessingChapitre 94 sur 114 · SCÈNE IV · texte numérisé non relu

SCÈNE IV

LISIDOR. THÉOPHANE, ADRASTE

lisidoe. Voilà mes coquins ! Faut-il donc que je reste constamment seul avec le cousin étranger ?

théophane. Nous allions nous rendre immédiatement auprès de vous.

lisidoe. Qu'avez-vous donc fait de nouveau ensemble? Vous avez disputa? Croyez-moi cependant une bonne fois ; de la dispute il ne sort rien. Vous avez tous les deux; tous les deux, vous avez raison. — Par exemple : (A Théophane.) Celui-ci dit que la raison est faible; et celui-là {A Adraste.) dit que la raison est forte. Le premier prouve par de forts arguments que la raison est faible ; le second, par de faibles arguments qu'elle est forte. Cela ne revient-il pas au mêmeV Fort et faible, faible et fort : où est donc la différence?

théophane. Permettez, en ce moment, ce n'est ni de la force, ni de la faiblesse de la raison que nous avons parlé...

lisidoe. Eh bien! Alors c'était de quelque autre cliose, d'aussi peu d'importance. Delà liberté peut-être : à savoir si un âne pressé par la faim, placé entre deux picotins d'avoine parfaitement semblables, a le droit de manger du premier venu des deux, ou s'il doit être assez âne bâté pour préférer mourir de faim...

théophaxe. Il n'était pas non plus question de cela. Nous nous occupions d'une autre chose , dont la conclusion dépend actuellement de vous.

lisidoe. De moi?

théophane. De vous , qui tenez tout [notre bonheur dans vos mains.

lisidoe. Oh ! vous me ferez plaisir de le remettre aussi vite que possible dans vos propres mains... Car, vous voulez sans doute parler du bonheur qui dépend des paniers?... Il y a longtemps que moi-même je ne

tiens pas à retarder la chose; car un homme est un homme, et une jeune fille est une jeune fille : et le bonheur est fragile comme verre.

théophake. Nous n'aurons pas assez de toute notre vie , pour vous exprimer notre reconnaissance , pour nous avoir jugé dignes d'une si prochaine alliance. Mais il se rencontre ici un grand obstacle.

lisidoe. Qu'est-ce?

adeaste. Un obstacle, impossible à prévoir.

lisidoe. Eh bien?

théophake et adeaste. Nous devons vous avouer...

lisidoe. Tous les deux ensemble? Qu'est-ce que ce va être? Répondez-moi par ordre... Qu'est-ce que vous avouez, Théophane?

théophane. Je dois vcus avouer que je n'aime pas Juliane.

lisidoe. Que vous ne Tannez pas? Ai -je bien entendu?... Et quel est votre aveu, Adraste?

adeaste. Je dois vous avouer... que je n'aime pas Henriette.

lisidoe. Que vous ne l'aimez pas?... Vous, vous n'aimez pas . ni vous non plus ; cela ne se peut pas. Vos têtes querelleuses oui ne se sont encore jamais mises d'accord. s"y mettraient-elles maintenant pour la première fois, lorsqu'il s'agit de me faire un affront?... Ah! vous plaisantez, je commence à m'en apercevoir.

adeaste. Nous? Plaisanter?

lisedoe. Ou alors vous n'avez pas la tête saine. Vous n'aimez pas mes filles? Les fillettes vont pleurer toutes les larmes de leurs yeux... Mais pourquoi donc ne les aimez- vous pas, si j'ose vous le demander? Quels défauts à Juliane, que vous, vous ne l'aimiez pas?

théophane. A vous dire vrai, je crois que son cœur à elle, e-t pris pour un autre.

adeaste. Et je soupçonne avec raison la même chose d'Henriette.

lisidoe. Oh! oh! Ceci est à éclaircir... Lisette, hé! Lisette!... Ce n'est peut-être alors que de la jalousie et ce n'est qu'une menace !

tiiéophane. Une menace? C'est à présent que votre bonté nous est le plus nécessaire.

lisidor. Hé! Lisette!

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