GERONTE, VALERE, LUCAS, JACQUELINE
Valere.
OUY, Monsieur, je croy que vous serez satisfait, et nous vous avons amené le plus grand médecin du monde
Lucas.
Oh ! morguenne ! il faut tirer l'eschelle après cety-là ; et tous les autres ne sont pas daignes de \y deschausser ses souillez.
Valere.
C'est un homme qui a fait des cures merveilleuses.
Lucas.
Qui a gary des gens qui estiant morts.
Valere.
Il est un peu capricieux, comme je vous ay dit, et parfois il a des momens où son esprit s'eschappe et ne paroist pas ce qu'il est.
i86 LE MEDECIN MALGRE-LUY.
Lucas.
Ouy, il ayme à bouffonner, et l'an diroit par fois, ne v's en déplaise, qu'il a quelque petit coup de'hache à la teste.
Valere.
Mais, dans le fond, il est toute science, et bien souvent il dit des choses tout à fait relevées. Lucas.
Quand il s'y boute, il parle tout fin drait comme s'il lisoit dans un livre.
Sa réputation s'est desja répandue icy , et tout le monde vient à luy.
Geronte.
Je meurs d'envie de le voir, faites-le moy viste venir.
Valere.
Je le vay quérir.
Jacqueline.
Par ma fy ! Monsieu, cety-cy fera justement ce qu'ant fait les autres. Je pense que ce sera queussi queumy; et la meilleure medeçaine que l'an pourroit bailler à vostre fille, ce seroit, selon moy , un biau et bon mary pour qui aile eût de l'amiquié. Geronte.
Ouais ! nourrice , ma mie, vous vous meslez de bien des choses!
Lucas.
Taisez-vous , nostre ménagère Jacquelaine : ce n'est pas à vous à bouter là votte nez. Jacqueline.
Je vous dis et vous douze que tous ces méde-