‹ Théâtre complet de J.-B. Poquelin de MolièreChapitre 11 sur 189 · SCENE PREMIERE · texte numérisé non relu

SCENE PREMIERE

SGANARELLE, LYSETTE

Lysette.

QUE voulez-vous donc faire, Monsieur, de quatre médecins? N'est-ce pas assez d'un pour tuer une personne?

Sganarelle.

Taisez-vous. Quatre conseils vallent mieux qu'un.

Lysette.

Est-ce que vostre fille ne peut pas bien mourii" sans le secours de ces messieurs-là ?

Sganarelle.

Est-ce que les médecins font mourir?

Lysette.

Sans doute, et j'ay connu un homme qui prouvoit par bonnes raisons qu'il ne faut jamais dire : « Une telle personne est morte d'une fièvre et

d'une fluxion sur la poictrine », mais : « Elle est morte de quatre médecins et de deux apothicaires. » Sganarelle.

Chut ! n'off"ensez pas ces messieurs-là.

Lysette.

Ma foy ! Monsieur, nostre chat est réchappé depuis peu d'un saut qu'il fit du haut de la maison dans la rue, et il fut trois jours sans manger et sans pouvoir remuer ni pied ni patte ; mais il est bienheureux de ce qu'il n'y a point de chats médecins, car ses affaires estoient faites, et ils n'auroient pas manqué de le purger et de le saigner.

Voulez-vous vous taire, vous dis-je?Mais voyez quelle impertinence ! Les voicy.

Lysette.

Prenez garde, vous allez estre bien édifié : ils vous diront en latin que vostre fille est malade.

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