‹ Théâtre complet de J.-B. Poquelin de MolièreChapitre 110 sur 189 · ACTE II, SCENE IV · texte numérisé non relu

ACTE II, SCENE IV

muette, sans que jusques icy on en ait pu sçavoir la cause; et c'est un accident qui a fait reculer son mariage.

Sganarelle.

Et pourquoy ?

Geronte.

Celuy qu'elle doit espouser veut attendre sa guerison pour conclure les choses.

Sganarelle.

Et qui est ce sot-là qui ne veut pas que sa femme soit muette? Plust à Dieu que la mienne eust cette maladie ! je me garderois bien de la vouloir guérir.

Geronte.

Enfin, Monsieur, nous vous prions d'employer tous vos soins pour la soulager de son mal. Sganarelle.

Ah ! ne vous mettez pas en peine. Dites-moy un peu, ce mal l'oppresse-t-il beaucoup ? Geronte.

Oûy, Monsieur.

Sganarelle.

Tant mieux. Sent-elle de grandes douleurs?

Geronte.

Fort grandes.

Sganarelle.

C'est fort bien fait. Va-t-elle où vous sçavez ?

Geronte.

Oûy.

Sganarelle.

Copieusement ?

Geronte.

Je n'entens rien à cela.

Sganarelle.

La matière est-elle louable?

Geronte.

Je ne me connois pas à ces choses.

Sganarelle, se tournant vers la malade.

Donnez-moy vostre bras. Voila un pous qui marque que vostre fille est muette.

Geronte.

Eh ! oûy, Monsieur, c'est là son mal ; vous l'avez trouvé tout du premier coup.

Sganarelle.

Ha! ha!

Jacqueline.

Voyez comme il a deviné sa maladie!

Sganarelle.

Nous autres grans médecins , nous connoissons d'abord les choses. Un ignorant auroit esté embarassé, et vous eust esté dire : C'est cecy, c'est cela; mais moy, je touche au but du premier coup, et je vous apprens que vostre fille est muette. Geronte.

Oûy; mais je voudrois bien que vous me puissiez dire d'où cela vient?

Sganarelle.

Il n'est rien de plus aisé. Cela vient de ce qu'elle a perdu la parole.

Geronte.

Fort bien; mais la cause, s'il vous plaist, qui fait qu'elle a perdu la parole ?

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