‹ Théâtre complet de J.-B. Poquelin de MolièreChapitre 135 sur 189 · ACTE I, SCENE II · texte numérisé non relu

ACTE I, SCENE II

Tu fais de ces portraits mesme chose que moy.

Daphné.

Certe, c'est pour en rire, et tu peux me le rendre.

Eroxene.

Voicy le vray moyen de ne se point méprendre.

Daphné De mes sens prévenus est-ce une illusion?

Eroxene.

Mon ame sur mes yeux fait-elle impression ?

Daphné.

Myrtil à mes regards s'offre dans cet ouvrage.

Eroxene.

De Myrtil dans ces traits je rencontre l'image.

Daphné.

C'est le jeune Myrtil qui fait naistre mes feux.

Eroxene.

C'est au jeune Myrtil que tendent tous mes vœux.

Daphné.

Je venois aujourd'huy te prier de luy dire Les soins que pour son sort son mérite m'inspire.

Eroxene.

Je venois te chercher pour servir mon ardeur Dans le dessein que j'ay de m'assurer son cœur.

Daphné.

Cette ardeur qu'il t'inspire est-elle si puissante?

Eroxene.

L'aimes-tu d'une amour qui soit si violente?

Daphné.

Il n'est point de froideur qu'il ne puisse enflamer, Et sa grâce naissante a dequoy tout charmer.

Eroxene.

Il n'est nymphe en l'aimant qui ne se tinst heureuse,

216 MELICERTE.

Et Diane, sans honte, en seroit amoureuse.

Daphné.

Rien que son air charmant ne me touche aujourd'huy. Et, si j'avois cent cœurs, ils seroient tous pour luj.

Eroxene.

Il efface à mes yeux tout ce qu'on voit paroistre, Et, si j'avois un sceptre, il en seroit le maistre.

Daphné.

Ce seroit donc en vain qu'à chacune, en ce jour, On nous voudroit du sein arracher cet amour; Nos âmes dans leurs vœux sont trop bien affermies. Ne taschons, s'il se peut, qu'à demeurer amies; Et, puis qu'en mesme temps, pour le mesme sujet, Nous avons toutes deux formé mesme projet, Mettons dans ce débat la franchise en usage, Ne prenons l'une et l'autre aucun lâche avantage, Et courons nous ouvrir ensemble à Lycarsis Des tendres sentimens où nous jette son fils.

Eroxene.

J'ay peine à concevoir, tant la surprise est forte. Comme un tel fils est né d'un père de la sorte , Et sa taille, son air, sa parole et ses yeux, Feroient croire qu'il est issu du sang des dieux. Mais enfin j'y souscris, courons trouver ce père, Allons-luy de nos cœurs découvrir le mistere, Et consentons qu'après Myrtil entre nous deux Décide par son choix ce combat de nos vœux.

Daphné.

Soit. Je voy Lycarsis avec Mopse et Nicandre ; Ils pourront le quitter, cachons-nous pour attendre.

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