‹ Théâtre complet de J.-B. Poquelin de MolièreChapitre 147 sur 189 · SCENE II · texte numérisé non relu

SCENE II

MELICERTE.

Vous le voyez, mon cœur, ce que c'est que d'aimer, Et Belise avoit sceu trop bien m'en informer. Cette charmante mère, avant sa destinée, Me disoit une fois, sur le bord du Pénée : « Ma fille, songe à toy, l'amour aux jeunes cœurs Se présente toujours entouré de douceurs. D'abord il n'offre aux yeux que choses agréables; Mais il traisne après luy des troubles effroyables. Et, si tu veux passer tes jours dans quelque paix. Toujours, comme d'un mal, défends toy de ses traits.» De ces leçons, mon cœur, je m'estois souvenue; Et, quand Myrtil venoit à s'ofîrir à ma veuë. Qu'il joûoit avec moy, qu'il me rendoit des soins, Je vous disois toujours de vous y plaire moins. Vous ne me creustes point, et vostre complaisance Se vit bien-tost changée en trop de bien-veillance... Dans ce naissant amour, qui flatoit vos désirs. Vous ne vous figuriez que joye et que plaisirs; Cependant vous voyez la cruelle disgrâce Dont en ce triste jour le destin vous menace, Et la peine mortelle où vous voila réduit ! Ah ! mon cœur, ah ! mon cœur, je vous l'avois bien dit !

252 MELICERTE.

Mais tenons, s'il se peut, nostre douleur couverte. Voicy...

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