‹ Théâtre complet de J.-B. Poquelin de MolièreChapitre 188 sur 189 · DU TOME (QUATRIÈME · texte numérisé non relu

DU TOME (QUATRIÈME

Pour une pièce qui fut, comme nous l'apprend Molière dans son Averlissement ^ « proposée, faite, apprise et représentée en cinq jours », r Amour Médecin est un véritable tour de force, d'autant plus surprenant que c'est à peine si, à quelques indices, on pourrait reconnaître la précipitation avec laquelle la pièce a été écrite. On l'a toujours regardée avec raison comme un chef-d'oeuvre d'invention, d'esprit et de style; l'intrigue ne le cède en rien au dénouement, qui passe pour un modèle. L'Amour Médecin est le véritable point de départ des attaques de Molière contre la Faculté. Il avait déjà porté quelques coups aux médecins dans Don Juan, mais cette fois il rompt en visière avec eux et engage une campagne qu'il va continuer dans plusieurs des pièces qui suivront.

Commandé par le roi, l'Amour Médecin fut représenté pour la première fois à Versailles le i5 septembre i665; il vint ensuite à Paris, où il fut joué, le 22 du même mois, sur le théâtre du Palais-Royal, et obtint vingt-six représentations consécutives.

La première édition de cette pièce est de 1666, et la seconde a paru en 1669; elle a été réimprimée dans le re-

3i4 NOTES

cueil de 1682, avec quelques variantes dont les principales soHt indiquées ci-après.

Page 7, ligne i3. Une variante, que nous préférerions, donne vouliez-vous au lieu de voulez-i^us.

8, 3o. Marirois est bien imprimé ainsi.

9, 4. Saine est employé ici dans le sens du latin sana, bien portante.

10, 26. Cabinet, buffet à plusieurs compartiments, surtout à l'usage des femmes.

12, 5. Cadeau, repas donné à des femmes.

19, i5. L'édition de 1682 ajoute ici : « Elle esi morte? » et la réplique de Lisette commence par : « Non^ Monsieur ».

21, 19. « Ou d'une fluxion » serait préférable à « et d'une fluxion ».

22, 20-21. Tomes, du grec roix-f^, incision : c'est Daquin , médecin du roi, et grand partisan de la saignée. — Desfonandrès, de 9î>vor, meurtre, et à-jr.p, icvapoc, homme : le docteur Elle Béda Desfougerais, médecin du roi — Macroton, de w-axcôç, long, et rdvoç, ton, parce qu'il parie en bégayant : Guenaut , médecin de la reine , partisan déterminé de l'antimoine, avec lequel Boileau l'accuse d'avoir tué bon nombre de gens. — Bahys, de jSajÇîcv, aboyer, parce qu'il bredouille : Esprit, médecin du roi, et partisan aussi de l'antimoine et du vin émétique.

26, 3i. Bec jaune ou béjaune se dit d'une personne naïve, niaise, sotte, parce que les jeunes oiseaux ont le tour du bec jaune.

28, 28. Prêter le collet à quelqu'un, se mettre en position de lutter avec lui, parce que les gens qui se battent se prennent au collet,

3i, 10. Ptisane, du latin ptisana, est l'ancienne forme de tisane.

3 2, 5. Orviétan, nom donné à un antidote fameux ap-

NOTES. 3i5

porté d'Italie par un homme d'Orvieto, et qu'on appliqua ensuite à tous les remèdes débités par les charlatans.

P. 3 3, 1. 27. Les Trivelins et les Scaramouches sont des personnages de la comédie italienne.

34, 3. On fait généralement venir le nom de Filerin de oOoi et iozZoz, signifiant ami de l'enfer, de la mort. Nous mentionnons cette étymologie sans une grande conviction. On pense aussi que Filerin personnifie la Faculté de médecine.

36, 6. Après qui donnedu pain a tant de personnes, l'édition de 1682 ajoute : « et, de l'argent de ceux que nous mettons en terre, nous fait élever de tous cotez de si beaux héritages. »

37, 24. Entre Hé bien! Lisette , et me trouves-tu bien ainsi, l'édition de 1682 a intercalé : « Que dis-tu de mon équipage? Crois-tu qu'avec cet habit je puisse dupper le bon homme? »

45, 10. « Obtenir plus facilement ce que je souhaite », dans l'édition de 1682.

49, 2. La bécasse est bridée, c'est-à-dire prise au piège : allusion aux lacets dans lesquels les bécasses se brident, se prennent elles-mêmes."

I! existe, au sujet du Misantrope, une légende qui veut que la pièce n'ait eu aucun succès, et que, pour la faire

I . Nous avons reproduit ce titre tel que le donne l'édition originale. A une époque où l'on écrivait sans scrupuLe ortographe, on se souciait assez peu de conserver dans les mots la trace de leur étymologie. Quand on est arrivé à fixer l'orthographe d'une façon définitive, on en est revenu

3i6 NOTES.

passer, Molière ait été obligé, dès la quatrième représentation, d'y joindre le Médecin malgré-luy. Cette légende a, comme bien d'autres, le tort d'être absolument fausse. On a pu, en consultant le registre de la Comédie, s'assurer que le Misantrope seul avait eu vingt et une représentations consécutives, ce qui était un succès pour l'époque, et que le Médecin malgré-luy fut donné douze fois isolément avant d'être joint au Misantrope dans le même spectacle.

Il est bien certain, d'ailleurs, que ce chef-d'œuvre, appréciable seulement par des esprits éclairés, ne pouvait prétendre à une grande popularité. Mais cette fois Molière n'avait guère à se soucier des applaudissements de la foule : le Misantrope, connu à l'avance de toute la Cour, à qui l'auteur avait eu plusieurs occasions d'en lire des passages, avait son succès fait dans le monde des lettrés avant de paraître en public. Il fut représenté pour la première fois le 4 juin 1666, et publié dans le commencement de 1667.

Il n'est pas dans notre rôle d'entreprendre ici l'éloge ou la défense d'un chef-d'œuvre qui est peut-être le plus étonnant de Molière, puisque, sans le secours d'aucune intrigue, et par le simple développement des caractères, il a su captiver le spectateur pendant cinq actes : jamais, en effet, portraits plus fidèles et plus complets n'ont été dessinés en vers plus admirables. Nous ne devons pas non plus nous arrêter à chercher les clefs des individus que Molière a pu vouloir représenter dans ses personnages. Nous dirons seulement qu'on a vu dans celui d'Alcesle le portrait de M. de Montausier, gouverneur de Monseigneur, et de qui Boileau avait dit, dans sa satire à Valincour :

Le ris, sur son visage, est en mauvaise humeur.

Et, s'il faut en croire quelques notes anonymes tracées sur le manuscrit du Journal de Dangeau, M. de Montausier aurait été plus flatté que choqué d'avoir été reconnu dans le

à la règle étymologique, et pourtant l'Académie, par une anomalie assez inexplicable, a cru devoir y admettra quelques exceptions.

NOTES. 3i7

personnage d'Alceste, puisqu'il aurait très chaudement remercié Molière, en lui disant que le caractère du misantrope était celui du plus parfaitement honnête homme qui pût être.

Ce qui paraît encore plus probable, c'est que Molière, volontairement ou inconsciemment, s'est plusieurs fois peint dans Alceste comme il a fait dans Sganarelle. On retrouve dans les tortures que Célimène fait endurer à son amant des échos de la vie conjugale du poète. Nous pensons aussi que c'est avec raison que M. Philarète Chasles a vu dans Philinte « l'indulgent et spirituel Chapelle », comme, dans Eliante, la bonne M^^° de Brie, « prête à consoler par l'amitié celui que l'amour repousse et torture ».

Il fallait que, même à propos du Misantrope , dans la création duquel il n'avait rien demandé qu'à son génie, Molière flit , comme pour toutes ses autres pièces, accusé de plagiat: c'était alors une tradition. Mais faut-il s'arrêter seulement un instant à cette ridicule histoire d'un sieur Angelo, docteur de la comédie italienne, qui aurait vu, cinq semaines avant la représentation du Misantrope, jouer à Naples une pièce dont ce chef-d'œuvre n'aurait été que la copie ?

Page 5 3, ligne lo. Cet homme dont le mérite et l'esprit est fort connu est de Visé, l'auteur de la lettre qu'on va lire. Cette lettre, qui accompagnait la première édition, a été conservée par les éditeurs de 1682, et on la réimprime ordinairement avec le Misantrope, bien qu'elle ne soit pas de Molière. Elle est surtout curieuse en ce que son auteur, jusque-là ennemi déclaré de Molière, devint alors son chaud partisan.

75, 27. Fléchir au temps, se prêter aux mœurs du temps oià l'on vit : expression très juste et très grammaticale, bien qu'inusitée aujourd'hui.

76, 7. Var. : « qui raisonnez si bien. »

78, 2. Des commentateurs ont voulu voir dans plaiderie un mot forgé par Alceste et « qui rend mieux son indignation que plaidoirie ». C'est tout simplement une ancienne forme de plaidoirie.

3i8 NOTES.

P. 78, 1. 3 2. Semble est bien imprimé au singulier. On trouve dans Molière plusieurs cas analogues.

79, 3i. Var. : « Sa cousine. »

81, 8. Au XVlie siècle, prétendre étiit assez souvent employé comme verbe actif.

84, II. Var : « Hé quay, vil complaisant. »

86, 20. Cabinet, meuble à tiroirs. Mettre une chose au cabinet, c'est la serrer pour la dérober aux yeux du public.

88, 14. Var. : « Je me passeray fort. »

91, 19. Est-il nécessaire de faire remarquer qu'aman? avait alors le sens d'homme counisant une femme?

92, 27. Reingrave, haut-de-chausses s'attachant au basde-chausses par des rubans, et dont l'usage avait, dit-on, été introduit par un seigneur allemand ^rheingrave, comte du Rhin].

— 28. En faisant potre esclave ne se comprend pas bien. Molière a sans doute voulu dire : « en se faisant votre esclave «, ou : « en feignant d'être votre esclave ».

93, 22. Var. : « Et quel lieu de le croire, à mon cœur enflammé? »

94, 22. Var. : « un amant si grondeur. »

— 26. Molière a mis ici voyons d'arrêter, qui est baroque, pour éviter voyons à arrêter, qui le gênait.

95, 17. Regard a ici le sens d'égard, attention, prévenance. Égard, que les éditeurs de 1682 ont cru devoir luisubstituer, est une correction inutile.

98, 28. Var. : « des gens extravagans. »

99, 3o. Tutayer était une prononciation à la mode du temps de Louis XIV.

100, 16. Var. : « qu'elle s'émeut autant qu'une pièce de bois. »

loi, 17. Var. : « On voit qu'il ^t fatigue, ••>

ic5, 2. Var. : « dont l'amour. »

NOTES. 3i9

P. 107, 1. 3. Le tribunal des maréchaux de France, qui connaissait des affaires d'honneur entre gentilshommes ou officiers, avait aussi pour mission de les assoupir en cherchant à concilier les adversaires.

108, 17. Var. : « Par le sangbleu ! »

112, ïj. Du bon de mon cœur est une expression qui a été remplacée par « du meilleur de mon cœur ».

11 5, 16. « Je fis ce que je pus ^pour pouvoir » est une négligence qui a échappé à Molière, et qui est rendue encore plus choquante par le pouvez du vers précédent.

116, I. Que est ici elliptique et équivaut à : « autre chose que ».

120, 5. Arrester est pris ici pour s'arrêter. On dit encore à l'impératif « arrêtez » pour « arrêtez-vous ».

12 2, 2. Faire la mine ou faire les mines n'a pas le même sens que faire mine, et il est à craindre que Molière n'ait été amené à cette expression par le seul besoin de la rime.

12 3, i3. Toute mon amie est une forme elliptique, pour : « toute mon amie qu'elle soit ». Nous avons déjà vu à la scène II du premier acte (p. 87, vers 2) une forme analogue : « Nos pères, tous grossiers. » — Nomme, venant ici remplacer déclare pour le besoin de la rime, est avec raison critiqué par Voltaire.

— 3i. Var. : « Je veux que du tout. »

124, I. « Une preuve fidelle de Vinfidélité » forme un jeu de mots peu agréable.

12 5. Ce quatrième acte renferme plusieurs passages empruntés à Don Garde de Navarre.

127, 4. On remarquera que les deux on de ce vers ne se rapportent pas à la même personne, l'un voulant dire Célimène, et l'autre tout le monde.

I 28. Cette scène II et la suivante sont empruntées presque entièrement à Don Garde.

i3o, 3o. Un courroux d'un amant, amené ici par le be-

soin de la mesure, est peu élégant , mais bien conforme au texte.

P. I 34, I. 2 I .// ne me plaist pas, moy (pour à moy) est une locution familière à Molière.

— 2 5. Il faudrait vous emporter, au lieu de s'emporter.

187, 14. Plaisamment figuré, étrange expression pour dire : ayant une plaisante figure.

139, 8. Var. : « pis qu'un démon. »

142, 7. Ce vers fait allusion à un livre qu'on fit courir sous le nom de Molière, après la représentation de Tartuffe, dans le but de le perdre.

145, 21. Prétendre était alors employé plus souvent qu'aujourd'hui comme verbe actif. Voir page 81, ligne 8.

i5o, 17. Var. : « Vous estes un étrange homme, Clitandre. »

— 21. Var. : « le pardonneray. »

i5i, 5. Alceste portait sur l'épaule un nœud de rubans verts.

— II. Les éditeurs de 1682 ont imprimé l'homnie au sonnet au lieu de « l'homme à la veste ». On commençait alors à porter des vestes.

— 16. Je vous trouve à dire, je trouve que vous manquez, que vous faites défaut.

i52, 5. Var. : « des cœurs de plus haut prix. »

1 5 3 , 7 . Créance, pour « croyance » .

Nous avons dit précédemment ce qu'il fallait penser de la légende qui voulait que Molière eût fait le Médecin malgréluy pour faire passer le Misantrope, à l'égard duquel le public se serait montré assez froid. Ce qui paraît certain, c'est

qu'il fit les deux pièces en même temps, la farce étant destinée à le délasser des travaux et des études que lui imposait la comédie sérieuse. Le Médecin malgré-luy n'est d'ailleurs que là refonte de quatre autres farces faites sur le même sujet, et jouées par la troupe de Molière sous les titres suivants : le Fagotier , le Fagoteux, le Médecin par force, le Médecin volant. Ces quatre pièces, qui ne sont aussi que le développement du fabliau le Vilain mire, déjà reproduit par d'autres auteurs, ont été attribuées à Molière, et l'usage s'est introduit de placer le Médecin volant à la suite des éditions que l'on donne de son théâtre. Sans vouloir rechercher jusqu'à quel point il est exact que Molière en soit l'auteur, nous nous bornerons à constater que la pièce définitive, celle dont Molière a avoué la paternité, est une farce incomparable, un vrai chef-d'œuvre d'esprit, de vivacité, de bonne humeur, en même temps que de fine observation, et qu'elle obtint un véritable succès. Molière, néanmoins, ne la regarda jamais que comme une bagatelle, et il ne parlait de son Fagotier (c'est ainsi qu'il se plaisait à appeler sa pièce) qu'avec une certaine indifférence. On a cité souvent les vers suivants de la Muse Dauphine de Subligny, qui constatent la grande vogue du Médecin malgré-luy et la non moins grande modestie de Molière au sujet de cette ceuvre charmante :

Rien au monde n'est si plaisant

Ni si propre à vous faire rire.

Et je vous jure qu'à présent

Que je songe à vous en écrire.

Le souvenir fait, sans le voir.

Que je ris de tout mon pouvoir.

Molière, dit-on, ne l'appelle

Qu'une petite bagatelle; Mais cette bagatelle est d'un esprit si fin

Que, s'il faut que je vous le die.

L'estime qu'on en fait est une maladie Qui fait que, dans Paris, tout court au Médecin.

Le Médecin malgré-luy fut joué pour la première fois le 6 août 1666, et publié en 1667. L'édition originale est

Molière. IV. 4,

accompagnée d'un frontispice gravé dans lequel il faut renoncer à trouver les traits de Molière.

P. i6o, 1. 2 0. Becque-cornu ou bec-cornu, sot, imbécile. Becque est là pour bouc.

i68, I 7. Var. : « Je n'oublieray pas mon ressentiment. »

169, 12. Var. : « nous vaudra. »

171, I. "Var. : « nous avons un homme »; icy supprimé.

174, 18. Var. : « pour boire un coup. »

176, 28. Boutez dessus^ pour mettez dessus, c'est-à-dire : mettez votre chapeau sur votre tète.

179, 28. Lantiponer, et non l'antiponer , comme l'a imprimé fautivement l'original, signifie dire des paroles inutiles.

i8o, 18. Var. : « il faut donc s'y résoudre. » — 19. Var. a Ils prennent chacun un baston. m

186, 32. Je vous dis et vous douze, calembour fondé sur ce qu'à la campagne on prononce dis comme dix.

200, 2 et suiv. Cabricias arci thuram, catalamus, mots forgés. — Les mots Deus sanc^us, etc., sont une altération du passage suivant du rudiment de Despautère. a Deus sanctus estne oratio latina? — Etiam. — Quare? — Quia adjectivum et substantivum concordant in génère, numéro, casu. m

— 17-20. Armyan et nasmus sont des mots inventés par Sganarelle ; quant à cubile, qu'il fait hébreu, on sait qu'il est latin et signifie lit.

— 24. Var : « lesdites vapeurs ont certaine malignité», une supprimé.

201, 4. Ossabandus, etc., encore des mots forgés. 209, 16. Var. : « de tous costez »; les supprimé.

— 28. On ne peut s'empêcher, en lisant la tirade de Sganarelle, de se rappeler les termes dans lesquels Beaumarchais parle de « cet art dont le soleil s'honore d'éclairer

les succès, et dont la terre s'empresse de couvrir les bévues ». [Le Barbier de Séville, acte II, scène xiii.)

P. 2 11, 1.12. Il y a bien dans le texte original lassitules, et non lassitudes.

2 12, 3 1 . Formage est une ancienne forme patoise de fromage, et se retrouve dans l'italien formaggio.

2 2 0, i3. Convent est l'ancienne orthographe de coupent {conventus),

22 1, 1 3. Il y a bien dans le texte puissiez, et non pussiez. — Seroit-il possible que vous pussiez est, d'ailleurs, une négligence de style qui a échappé à Molière.

MELICERTE

Dans le Ballet des Muses, commandé à Benserade par le roi, et qui fut représenté sur le théâtre du château de Saint- Germain le 2 décembre i666, Molière, choisi pour être l'interprète de Thalie et d'Euterpe, fît la Pastorale comique et Mélicerte, entièrement indignes de lui malgré le succès qui les accueillit alors, et qu'on voudrait pouvoir exclure de ses œuvres. Mais telle est l'autorité du nom de Molière que tout ce qu'il a écrit s'impose à ses éditeurs; ceux qui nous ont précédé ont cru, jusqu'à présent, devoir donner place à ces faibles productions, et nous les avons imités, ne voulant pas donner moins qu'eux : le plus est, en cela, l'ennemi du bien.

C'est surtout après avoir lu Mélicerte qu'on peut dire avec Boileau :

Je ne reconnois plus l'auteur du Misantrope.

On a voulu en expliquer la faiblesse en disant que Molière l'avait composée précipitamment, et qu'il avait dià aussi, pour triompher des cabales qui s'opposaient à la re-

présenlation du Tartuffe, chercher à se faire des amis en sacrifiant au mauvais goiit d'une société qui se pâmait encore d'aise à la lecture de VAstrée. Quant à nous, nous croyons assez difficile de pénétrer ici la véritable intention de Molière, dont nous ne sachions pas qu'il ait fait part à personne : aussi nous bornerons-nous à ne pas appuyer davantage sur Mélicerte et à nous féliciter que la pièce se soit arrêtée au deuxième acte.

La malencontreuse idée de la terminer vint pourtant, en 1699, à Guérin , le fils du comédien de ce nom, qui profita de l'occasion pour refondre les deux actes déjà faits. Cette pitoyable production parut sous le titre de Myr/i7 et Mélicerte, et obtint tout l'insuccès qu'elle méritait : c'était pour Mélicerte le coup de grâce.

P. 284, 1. 19-20. Voilà deux vers qui feraient douter que la pièce fiât de Molière. « Faisons, par un peu de couleurs, confidence à nos yeux du secret de nos cœurs » , est tellement amphigourique qu'on éprouve le besoin de faire remarquer au lecteur que cela signifie : « Confions-nous quels sont nos amants en nous montrant leurs portraits », comme aussi de le rassurer en lui disant qu'il n'y a pas là une faute d'impression.

289, 5. Une stade, au féminin, est une forme tout à fait archaïque, que Molière n'a reprise ici que pour le besoin du vers.

243, 18. a Deux ans est une grande avance », encore un solécisme que Molière n'a pas eu le temps de corriger.

245, 2. Au sujet de prétendre, voir les notes des pages 8 1 et 1 4 5 .

2 5 2, 16. Quoique le texte de 1682 donne bien serait, nous avons imprimé se voit, comme on l'a fait depuis, parce que nous avons vu là une faute évidente. Il y a déjà bien assez d'étrangetés dans Mélicerte sans qu'on aille en augmenter le nombre par un respect exagéré du texte primitif.

254, 19. Nous avons conservé suivez, pour nous conformer au texte de 1682; mais le sens nous paraît exiger

suivrez. Il ne semble guère possible que Mélicerte, au moment où Myrtil lui fait des protestations amoureuses, dise

qu'il ne suit pas la voix de l'amour ; mais elle peut dire

qu'il ne la suivra pas, parce que la volonté de son père devra déterminer son choix

P. 2 58, 1. I I. Nous aurions préféré" ses à ces; mais nous avons conservé ces, qui est admissible

274, II. Gnacare, ital. gnaccara, cymbale.

Le succès de Mélicerte, quelque grand qu'il eût été, n'avait pu certainement abuser Molière, et il devait lui tarder d'effacer le souvenir de cette faible production. C'est ce qu'il fît en écrivant le Sicilien, qui vint prendre la place de Mélicerte dans la seconde représentation du Ballet des Muses, donnée à Saint-Germain en janvier 1667. Le succès fut complet, et cette fois des plus mérités ; on se trouvait en présence d'une pièce gaie, vive, spirituelle et bien conduite.

Le Sicilien eut encore une représentation à Saint-Germain dans le courant de février, et ce ne fut qu'au mois de juin suivant qu'on le joua à Paris, sur le théâtre du Palais-Royal, Molière ayant eu, dans cet intervalle, les premières atteintes du mal qui devait l'emporter plus tard.

Il se rencontre un grand nombre de vers dans la prose du Sicilien, ce qui a fait supposer que la pièce avait d'abord été écrite en vers; mais aucune donnée précise n'est venue confirmer cette opinion. On a pensé aussi que , pour la circonstance, Molière avait voulu faire l'essai d'une prose plus cadencée, réunissant le charme du rythme poétique à la facilité et à la liberté du dialogue ordinaire. En tout cas^ ce détail n'avait pas échappé à ses contemporains, et le gazetier Robinet, en rendant compte de la pièce, dit à ce propos :

Nonobstant les goûts divers, Ceste prose est si théâtrale Qu'en douceur les vers elle égale.

Le Sicilien contient deux ballets, parmi les acteurs desquels figurèrent le roi et plusieurs seigneurs de la cour. Le premier se place après la scène VII , et le second après la dernière.

La pièce fut imprimée pour la dernière fois en 1668, et parut en même temps, ou successivement, mais toujours dans la même année, chez Jean Ribou et chez Nicolas Pépingué. Le privilège, octroyé à Jean Ribou , traite la pièce du Sicilien de « belle et tres-agréable », ce qui est assez curieux pour être noté, et montre le succès qu'elle avait obtenu en haut lieu.

Page 276. Dans l'énumération des acteurs, les éditions suivantes ont mis Zaïde, esclave , au lieu de Climene, saur d'Adraste. Cette correction est conforme au texte même de la pièce. En effet, dans la scène IX, Adraste dit à Hali : « J'ay, par le moyen d'une jeune esclave, un stratagème pour tirer cette belle Grecque des mains de son jalous. » Or cette jeune esclave apparaît à la scène XIV sous le nom de Climene, quoiqu'elle figure en tête de la pièce comme $œur d'Adraste. Nous avons néanmoins, par respect pour notre texte, laissé subsister partout le nom de Climene. — Ajoutons, d'ailleurs, qu'en tête de l'analyse de la pièce insérée dans le Ballet des Muses se trouve une énumération de personnages parmi lesquels figure Zaïde , avec la qualité d'esclave.

277,1. 10. Scaramouche est un personnage de la comédie italienne, entièrement vêtu de noir.

278, 1 1 . La phrase est ainsi ponctuée : « et qui pourroit-ce estre que moy ? A ces heures de nuit , hors vous et moy... » Mais il y a là une faute évidente, parce qu'ainsi à €es heures de nuit et maintenant, placés dans la même phrase, font un pléonasme dont il n'est pas permis de laisser la responsabilité à Molière.

284, 3. Si n'est pas conditionnel dans cette phrase; il a le sens de pourtant, et il est purement supplétif.

288, 22. a N'est-ce pas pour s'aplaudir que... » veut dire : n'y a-t-il pas à s'applaudir de ce que...

P. 289, 1. 18. Donne est au singulier, quoique son suiet se compose de deux termes; mais c'est là une licence que se sont assez souvent donnée les écrivains du XVIP siècle.

292. Star bon Turca, etc. Traduction : « Je suis bon Turc ; je n'ai pas d'argent. Voulez- vous m'acheter? Je vous servirai si vous payez pour moi. Je fais de bonne cuisine ; je me lève malin; je fais bouillir la marmite. Parlez, parlez : voulez-vous m'acheter? » — Dans ce couplet, nous avons cru devoir corriger deux fautes évidentes : accina , pour cucina, cuisine ; cadara, pour caldara, chaudron , marmite.

293. Mi li non comprara , etc. Traduction : « Je ne t'achèterai point ; mais je te bàtonnerai si tu ne t'en vas pas. Va-t'en, va-t'en, ou je te bàtonnerai. »

294. Variante. La scène IX commence par cette question d'Adraste : « Hé bien ! Hali , mes affaires s'avancent-elles ? » A quoi Hali répond : « Monsieur, j'ai déjà fait, etc.. >>

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