‹ Théâtre complet de J.-B. Poquelin de MolièreChapitre 2 sur 189 · SGANARELLE, AMINTE, LUCRECE, M. GUILLAUME, M. JOSSE · texte numérisé non relu

SGANARELLE, AMINTE, LUCRECE, M. GUILLAUME, M. JOSSE

Sganarelle.

AH ! l'estrange chose que la vie ! et que je puis bien dire avec ce grand philosophe de l'antiquité que qui terre a guerre a, et qu'un malheur ne vient jamais sans l'autre. Je n'avois qu'une seule femme, qui est morte.

M. Guillaume.

Et combien donc en voulez-vous avoir?

Sganarelle.

Elle est morte, monsieur mon amy; cette perte

m'est tres-sensible, et je ne puis m'en ressouvenir sans pleurer. Je n'estois pas fort satisfait de sa conduite, et nous avions le plus souvent dispute ensemble ; mais enfin la mort r'ajuste toutes choses. Elle est morte, je la pleure. Si elle estoit en vie, nous nous querellerions. De tous les enfans que le Ciel m'avoit donnés, il ne m'a laissé qu'une fille, et cette fille est toute ma peine : car enfin je la voy dans une mélancolie la plus sombre du monde, dans une tristesse épouventable dont il n'y a pas moyen de la retirer, et dont je ne sçaurois mesme apprendre la cause. Pour moy, j'en perds l'esprit, et j'aurois besoin d'un bon conseil sur cette matière. Vous estes ma nièce, vous ma voisine, et vous mes compères et mes amis : je vous prie de me conseiller tous ce que je dois faire.

M. JossE.

Pour moy, je tiens que la braverie et l'ajustement est la chose qui resjouït le plus les filles, et, si j'estois que de vous, je luy acheterois dés aujourd'huy une belle garniture de diamans, ou de rubis, ou d'esmeraudes.

M. Guillaume.

Et moy, si j'estois en vostre place, j'achetterois une belle tenture de tapisserie de verdure, ou à personnages, que je ferois mettre à sa chambre pour luy resjouïr l'esprit et la veuë.

Aminte.

Pour moy, je ne ferois point tant de façon, et je la marierois fort bien, et le plustost que je pourrois, avec cette personne qui vous la fit, diton, demander il y a quelque temps.

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