‹ Théâtre complet de J.-B. Poquelin de MolièreChapitre 3 sur 189 · ACTE I, SCENE I · texte numérisé non relu

ACTE I, SCENE I

Lucrèce.

Et moy, je tiens que vostre fille n'est point du tout propre pour le mariage. Elle est d'une complexion trop délicate et trop peu saine, et c'est la vouloir envoyer bien-tost en l'autre monde que de l'exposer comme elle est à faire des enfans. Le monde n'est point du tout son fait, et je vous conseille de la mettre dans un couvent, où elle trouvera des divertissemens qui seront mieux de son humeur.

Sganarelle.

Tous ces conseils sont admirables asseurément; mais je les tiens un peu intéressez, et trouve que vous me conseillez fort bien pour vous. Vous estes orfèvre, Monsieur Josse, et vostre conseil sent son homme qui a envie de se défaire de sa marchandise. Vous vendez des tapisseries, Monsieur Guillaume, et vous avez la mine d'avoir quelque tenture qui vous incommode. Celuy que vous aymez, ma voisine, a, dit-on, quelque inclination pour ma fille, et vous ne seriez pas faschée de la voir la femme d'un autre. Et quant à vous, ma chère nièce, ce n'est pas mon dessein, comme on sçait, de marier ma fille avec qui que ce soit, et j'ai mes raisons pour cela ; mais le conseil que vous me donnez de la faire religieuse est d'une femme qui pourroit bien souhaitter charitablement d'estre mon héritière universelle. Ainsi, Messieurs et Mesdames, quoy que tous vos conseils soient les meilleurs du monde, vous trouverez bon, s'il vous plaist, que je n'en suive aucun. Voila de mes donneurs de conseils à la mode !

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