‹ Théâtre complet de J.-B. Poquelin de MolièreChapitre 36 sur 189 · ACTE I. SCENE I. -ji · texte numérisé non relu

ACTE I. SCENE I. -ji

Sans doute.

A Dorilas, qu'il est trop importun, Et qu'il n'est à la cour oreille qu'il ne lasse A conter sa bravoure et l'éclat de sa race?

Alceste.

Fort bien.

Philinte.

Vous vous moquez.

Alceste.

Je ne me moque point, Et je vais n'épargner personne sur ce poinct. Mes yeux sont trop blessez, et la cour et la ville Ne m'offrent rien qu'objets à m'échaufer la bile : J'entre en une humeur noire, en un chagrin profond, Quand je vois vivre entr'eux les hommes comme ils font; Je ne trouve partout que lâche flaterie, Qu'injustice, intérest, trahison, fourberie. Je n'y puis plus tenir, j'enrage, et mon dessein Est de rompre en visière à tout le genre humain.

Philinte.

Ce chagrin philosophe est un peu trop sauvage. Je ris des noirs accès où je vous envisage. Et crois voir en nous deux, sous mêmes soins nouris, Ces deux frères que peint l'Ecole des maris, Dont...

Alceste.

Mon Dieu, laissons là vos comparaisons fades.

Philinte.

Non, tout de bon, quittez toutes ces incartades. Le monde par vos soins ne se changera pas;

Et, puis que la franchise a pour vous tant d'appas,

Je vous diray tout franc que cette maladie

Par tout où vous allez donne la comédie,

Et qu'un si grand courroux contre les mœurs du temps

Vous tourne en ridicule auprès de bien des gens.

Alceste.

Tant mieux, morbleu! tant mieux! c'estcequejedemande. Ce m'est un fort bon signe, et ma joye en est grande : Tous les hommes me sont à tel poinct odieux Que je serois fâché d'estre sage à leurs yeux.

Philinte.

Vous voulez un grand mal à la nature humaine.

Alceste.

Oûy, j'ay conceu pour elle une éfroyable haine.

Philinte.

Tous les pauvres mortels, sans nulle exception, Seront envelopez dans cette aversion?

Encor en est-il bien, dans le siècle où nous sommes...

Alceste.

Non, elle est générale, et je hais tous les hommes, Les uns parce qu'ils sont méchans et mal-faisans, Et les autres pour estre aux méchans complaisans. Et n'avoir pas pour eux ces haines vigoureuses Que doit donner le vice aux âmes vertueuses. De cette complaisance on voit l'injuste excès Pour le franc scélérat avec qui j'ay procès; Au travers de son masque on voit à plein le traistre, Par tout il est connu pour tout ce qu'il peut estre, Et ses roulemens d'yeux et son ton radoucy N'imposent qu'à des gens qui ne sont point d'icy. On sait que ce pié-plat, digne qu'on le confonde, Par de sales emplois s'est poussé dans le monde,

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