‹ Théâtre complet de J.-B. Poquelin de MolièreChapitre 50 sur 189 · ACTE II, SCENE IV · texte numérisé non relu

ACTE II, SCENE IV

Celimene.

C'est un parleur étrange, et qui trouve toujours L'art de ne vous rien dire avec de grands discours. Dans les propos qu'il tient on ne voit jamais goûte, Et ce n'est que du bruit que tout ce qu'on écoute.

Eliante, à Philinte.

Ce début n'est pas mal, et contre le prochain La conversation prend un assez bon train.

Clitandre.

Timante encor, Madame, est un bon caractère.

Celimene.

C'est, de la teste aux pieds, un homme tout mystère, Qui vous jette en passant un coup d'œil égaré. Et sans aucune affaire est toujours afi'airé. Tout ce qu'il vous débite en grimaces abonde; A force de façons il assomme le monde : Sans cesse il a tout bas, pour rompre l'entretien. Un secret à vous dire, et ce secret n'est rien ; De la moindre vétille il fait une merveille. Et, jusques au bonjour, il dit tout à l'oreille.

Acaste.

Et Geralde, Madame?

O l'ennuyeux conteur! Jamais on ne le voit sortir du grand seigneur; Dans le brillant commerce il se mesle sans cesse, Et ne cite jamais que duc, prince ou princesse. La qualité l'enteste, et tous ses entretiens Ne sont que de chevaux, d'équipage et de chiens; Il tutaye en parlant ceux du plus haut étage, Et le nom de monsieur est chez luy hors d'usage.

loo LE MISANTROPE.

Clitandre.

On dit qu'avec Belise il est du dernier bien.

Celimene.

Le pauvre esprit de femme, et le sec entretien ! Lorsqu'elle vient me voir, je souffre le martyre ; Il faut suer sans cesse à chercher que luy dire, Et la stérilité de son expression Fait mourir à tous coups la conversation. En -vain, pour attaquer son stupide silence, De tous les lieux communs vous prenez l'assistance : Le beau temps et la plùye, et le froid et le chaud, Sont des fonds qu'avec elle on épuise bientosi. Cependant sa visite, assez insuportable, Traisne en une longueur encor épouvantable, Et l'on demande l'heure, et l'on bâille vingt fois, Qu'elle grouille aussi peu qu'une pièce de bois.

ACASTE

Que vous semble d'Adraste ?

Celimene.

Ah ! quel orgueil extrême !

C'est un homme gonflé de l'amour de soy-méme; Son mérite jamais n'est content de la cour, Contr'elle il fait mestier de pester chaque jour, Et l'on ne donne employ, charge ny bénéfice. Qu'à tout ce qu'il se croid on ne fasse injustice.

Clitandre.

Mais le jeune Cleon, chez qui vont aujourd'huy Nos plus honnestes gens, que dites-vous de luy ?

Que de son cuisinier il s'est fait un mérite, Et que c'est à sa table à qui l'on rend visite.

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