‹ Théâtre complet de J.-B. Poquelin de MolièreChapitre 51 sur 189 · ACTE II, SCENE IV. loi · texte numérisé non relu

ACTE II, SCENE IV. loi

Eliante.

Il prend soin d'y servir des mets fort délicats.

Celimene.

Oiiy, mais je voudrois bien qu'il ne s'y servît pas : C'est un fort méchant plat que sa sotte personne, Et qui gaste,à mon goust, tous les repas qu'il donne.

Philinte.

On fait assez de cas de son oncle Damis. Qu'en dites-vous, Madame ?

Celimene.

Il est de mes amis.

Philinte.

Je le trouve honneste homme et d'un air assez sage.

Celimene.

Oûy^ mais il veut avoir trop d'esprit, dont j'enrage ; Il est guindé sans cesse, et dans tous ses propos On void qu'il se travaille à dire de bons mots. Depuis que dans la teste il s'est mis d'estre habile, Rien ne touche son goust, tant il est difficile ; Il veut voir des défauts à tout ce qu'on écrit, Et pense que louer n'est pas d'un bel esprit. Que c'est estre sçavant que trouver à redire, Qu'il n'appartient qu'aux sots d'admirer et de rire, Et qu'en n'approuvant rien des ouvrages du temps Il se met au dessus de tous les autres gens. Aux conversations mesme il trouve à reprendre : Ce sont propos trop bas pour y daigner descendre, Et, les deux bras croisez, du haut de son esprit Il regarde en pitié tout ce que chacun dit.

Acaste. Dieu me damne ! voila son portrait véritable.

Clitandre.

Pour bien peindre les gens vous estes admirable !

Alceste.

Allons, ferme, poussez, mes bons amis de cour ! Vous n'en épargnez point, et chacun a son tour. Cependant aucun d'eux à vos yeux ne se montre Qu'on ne vous voye en haste aller à sa rencontre, Luy présenter la main, et d'un baiser flateur Appuyer les sermens d'estre son serviteur.

Clitandre.

Pourquoy s'en prendre à nous? Si ce qu'on dit vous blesse, Il faut que le reproche à Madame s'adresse.

Alceste.

Non, morbleu ! c'est à vous ; et vos ris complaisans Tirent de son esprit tous ces traits médisans ; Son humeur satyrique est sans cesse nourrie Par le coupable encens de vostre flaterie. Et son cœur à railler trouveroit moins d'appas S'il avoit observé qu'on ne l'applaudist pas. C'est ainsi qu'aux flateurs on doit par tout se prendre Des vices où l'on void les humains se répandre.

Philinte.

Mais pourquoy pour ces gens un intérest si grand, Vous qui condamneriez ce qu'en eux on reprend?

Cellmene, Et ne faut-il pas bien que Monsieur contredise ? A la commune voix veut-on qu'il se réduise, Et qu'il ne fasse pas éclater en tous lieux L'esprit contrariant qu'il a receu des Cieux ? Le sentiment d'autruy n'est jamais pour luy plaire, Il prend toujours en main l'opinion contraire. Et penseroit paroistre un homme du commun

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