‹ Théâtre complet de J.-B. Poquelin de MolièreChapitre 65 sur 189 · ACTE III, SCENE V. laJ · texte numérisé non relu

ACTE III, SCENE V. laJ

Alceste.

Mais, en disant cela, songez-vous, je vous prie, Que cette personne est, Madame, vostre amie?

Arsinoé.

Oùy; mais ma conscience est blessée en effet De souffrir plus long-temps le tort que l'on vous fait: L'estat où je vous vois afflige trop mon ame. Et je vous donne avis qu'on trahit vostre flame.

Alceste.

C'est me montrer, Madame, un tendre mouvement, Et de pareils avis obligent un amant.

Arsinoé.

Oùy, toute mon amie, elle est et je la nomme Indigne d'asservir le cœur d'un galant homme , Et le sien n'a pour vous que de feintes douceurs.

Alceste.

Cela se peut. Madame, on ne void pas les cœurs; Mais vostre charité se seroit bien passée De jetter dans le mien une telle pensée.

Arsinoé.

Si vous ne voulez pas estre desabusé.

Il faut ne vous rien dire; il est assez aisé.

Alceste.

Non; mais sur ce sujet, quoy que l'on nous expose, Les doutes sont fâcheux plus que toute autre chose; Et je voudrois, pour moy, qu'on ne me fist sçavoir Que ce qu'avec clarté l'on peut me faire voir.

Arsinoé.

Hé bien ! c'est assez dit, et sur cette matière Vous allez recevoir une pleine lumière.

Oùy, je veux que de tout vos yeux vous fassent foy; Donnez-moy seulement la main jusques chez moy.

Là, je VOUS feray voir une preuve fidelle De l'infidélité du cœur de vostre belle ; Et, si pour d'autres yeux le vostre peut brûler, On pourra vous offrir de quoy vous consoler.

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