‹ Théâtre complet de J.-B. Poquelin de MolièreChapitre 76 sur 189 · ALCESTE, PHILINTE · texte numérisé non relu

ALCESTE, PHILINTE

Alceste.

LA résolution en est prise, vous dy-je. Mais, quel que soit ce coup, faut-il qu'il vous oblige. .

Non, vous avez beau faire et beau me raisonner, Rien de ce que je ây ne me peut détourner : Trop de perversité régne au siècle où nous sommes, Et je veux me tirer du commerce des hommes. Quoy! contre ma partie on void tout à la fois L'honneur, la probité, la pudeur et les loix; On publie en tous lieux l'équité de ma cause. Sur la foy de mon droit mon ame se repose , Cependant je me vois trompé par le succès : J'ay pour moy la justice, et je perds mon procès! Un traistre, dont on sçait la scandaleuse histoire, Est sorty triomphant d'une fausseté noire !

Toute la bonne foy cède à sa trahison !

Il trouve, en m'égorgeant, moyen d'avoir raison!

Le poids de sa grimace, où brille l'artifice,

Renverse le bon droit et tourne la justice!

Il fait par un arrest couronner son forfait;

Et, non content encor du tort que l'on me fait,

Il court parmy le monde un livre abominable

Et de qui la lecture est mesme condamnable,

Un livre à mériter la dernière rigueur.

Dont le fourbe a le front de me faire l'autheur !

Et, là-dessus, on void Oronte qui murmure

Et tâche méchamment d'appuyer l'imposture !

Luy qui d'un honneste homme à la cour tient le rang,

A qui je n'ay rien fait qu'estre sincère et franc.

Qui me vient, malgré moy, d'une ardeur empressée,

Sur des vers qu'il a faits demander ma pensée,

Et, parce que j'en use avec honnesteté,

Et ne le veux trahir, luy ny la vérité ,

Il aide à m'accabler d'un crime imaginaire !

Le voila devenu mon plus grand adversaire.

Et jamais de son cœur je n'auray de pardon.

Pour n'avoir pas trouvé que son sonnet fût bon!

Et les hommes, morbleu! sont faits de cette sorte!

C'est à ces actions que la gloire les porte !

Voila la bonne foy, le zèle vertueux,

La justice et l'honneur, que l'on trouve chez eux !

Allons, c'est trop soufrir les chagrins qu'on nous forge ;

Tirons-nous de ce bois et de ce coupe-gorge.

Puis qu'entre humains ainsi vous vivez en vrais loups,

Traistres, vous ne m'aurez de ma vie avec vous.

Philinte.

Je trouve un peu bien prompt le dessein où vous estes.

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