ACTE V, SCENE II
Alceste.
Vous n'avez qu'à trancher, et choisir de nous deux.
Oronte.
Quoy! sur un pareil chois vous semblezestre en peine?
Alceste.
Quoy ! vostre ame balance et paroist incertaine
Celimene.
Mon Dieu ! que cette instance est là hors de saison, Et que vous témoignez tous deux peu de raison ! Je sçay prendre party sur cette préférence, Et ce n'est pas mon cœur maintenant qui balance : Il n'est point suspendu sans doute entre vous deux, Et rien n'est si tost fait que le chois de nos vœux. Mais je souffre, à vray dire, une gesne trop forte A prononcer en face un aveu de la sorte : Je trouve que ces mots, qui sont desobligeans, Ne se doivent point dire en présence des gens; Qu'un cœur de son penchant donne assez de lumière, Sans qu'on nous fasse aller jusqu'à rompre en visière, Et qu'il suffit enfin que de plus doux témoins Instruisent un amant du malheur de ses soins.
Oronte.
Non, non, un franc aveu n'a rien que j'apréhende, J'y consens pour ma part.
Alceste.
Et moy, je le demande ; C'est son éclat sur tout qu'icy j'ose exiger. Et je ne prétens point vous voir rien ménager. Conserver tout le monde est vostre grande élude; Mais plus d'amusement et plus d'incertitude : Il faut vous expliquer nettement là-dessus. Ou bien pour un arrest je prens vostre refus.
Je sçauray, de ma part, expliquer ce silence,
Et me tiendray pour dit tout le mal que j'en pense.
Oronte.
Je vous sçay fort bon gré, Monsieur, de ce courroux, Et je luy dis icy mesme chose que vous.
Celimene.
Que vous me fatiguez avec un tel caprice ! Ce que vous demandez a-t'il de la justice, Et ne vous dis-je pas quel motif me retient? J'en vais prendre pour juge Eliante, qui vient.