ACTE V, SCENE DERNIERE. i5i
ce sont de ces mérites qui n'ont que la cape et l'épée. Pour l'homme aux rubans verts...
[A Alceste.] A vous le dé, Monsieur.
Pour l'homme aux rubans verts, il me divertit quelquefois avec ses brusqueries et son chagrin bourru ; mais il est cent momens où je le trouve le plus fâcheux du monde. Et pour l'homme à la veste...
[A Oronte.] Voicy vostre paquet.
Et pour l'homme à la veste, qui s'est jette dans le bel esprit et veut estre auiheur malgré tout le monde, je ne puis me donner la peine d'écouter ce qu'il dit, et sa prose me fatigue autant que ses vers. Mettez-vous donc en teste que je ne me divertis pas toujours si bien que vous pensez; que je vous trouve à dire plus que je ne voudrois dans toutes les parties où l'on m'entraîne, et que c'est un merveilleux assaisonnement aux t)laisirs qu'on gouste que la présence des gens qu'on aime.
Clitandre Me voicy maintenant, moy.
Vostre Clitandre, dont vous me parlez, et qui fait tant le doucereux, est le dernier des hommes pour qui j'aurois de l'amitié. Il est extravagant de se persuader qu'on l'aime, et vous Testes de croire qu'on ne vous aime pas. Changez, pour estre raisonnable, vos sentimens contre les siens, et voyez-moy le plus que vous pourrez, pour m'aider à porter le chagrin d'en estre obsédée.
D'un fort beau caractère on voit là le modèle. Madame, et vous sçavez comment cela s'appelle. Il suffit, nous allons l'un et l'autre en tous lieux Montrer de vostre cœur le portrait glorieux.
i52 LE MISANTROPE.
ACASTE
J'aurois dequoy vous dire, et belle est la matière, Mais je ne vous tiens pas digne de ma colère. Et je vous ferav voir que les petits marquis Ont pour se consoler des cœurs du plus haut prix.
Oronte.
Quoy! de cette façon je voy qu'on me déchire Après tout ce qu'à moy je vous ay veu m'écrire. Et vostre cœur, paré de beaux semblans d'amour, A tout le genre humain se promet tour à tour! Allez, j'estois trop dupe, et je vais ne plus l'estre ; Vous me faites un bien, me faisant vous connestre ; J'y profite d'un cœur qu'ainsi vous me rendez, Et trouve ma vengeance en ce que vous perdez.
[A Alceste.) Monsieur, je ne fais plus d'obstacle à vostre flame. Et vous pouvez conclure affaire avec Madame.
Arsinoé.
Certes, voila le trait du monde le plus noir, Je ne m'en sçaurois taire, et me sens émouvoir. Void-on des procédez qui soient pareils aux vôtres? Je ne prens point de part aux interests des autres; Mais Monsieur, que chez vous fixoit vostre bonheur, Un homme comme luy, de mérite et d'honneur, Et qui vous chérissoit avec idolâtrie, Devoit-il...
Alceste.
Laissez-moy, Madame, je vous prie, Vuider mes interests moy-mesme là-dessus. Et ne vous chargez point de ces soins superflus. Mon cœur a beau vous voir prendre icy sa querelle, li n'est point en estât de payer ce grand zèle,