‹ Théâtre complet de J.-B. Poquelin de MolièreChapitre 94 sur 189 · ACTE I, SCENE IV · texte numérisé non relu

ACTE I, SCENE IV

icy un homme le plus merveilleux homme du monde pour les maladies desespérées.

Valere.

Et, de grâce, où pouvons-nous le rencontrer ?

Martine.

Vous le trouverez maintenant vers ce petit lieu que voila, qui s'amuse à couper du bois. Lucas.

Un médecin qui coupe du bois?

Valere.

Qui s'amuse à cueillir des simples, voulez-vous dire ?

Martine.

Non, c'est un homme extraordinaire qui se plaist k cela, fantasque, bizarre, quinteux, et que vous ne prendriez jamais pour ce qu'il est. Il va vestu d'une façon extravagante, affecte quelquefois de paroistre ignorant, tient sa science renfermée, et ne fuit rien tant tous les jours que d'exercer les merveilleux talens qu'il a eus du Ciel pour la médecine.

Valere.

C'est une chose admirable que tous les grands hommes ont tousjours du caprice, quelque petit grain de folie meslé à leur science.

Martine.

La folie de celuy-cy est plus grande qu'on ne peut croire, car elle va parfois jusqu'à vouloir estre battu pour demeurer d'accord de sa capacité ; et je vous donne avis que vous n'en viendrez point à bout, qu'il n'avouera jamais qu'il est médecin, s'il se le met en fantaisie, que vous ne preniez cha-

cun un baston, et ne le réduisiez à force de coups à vous confesser à la fin ce qu'il vous cachera d'abord. C'est ainsi que nous en usons quand nous avons besoin de luy.

Valere.

Voila une estrange folie !

Martine.

Il est vray ; mais, après cela, vous verrez qu'il fait des merveilles.

Valere.

Comment s'appelle-t'il ?

Martine.

Il s'appelle Sganarelle ; mais il est aisé à connoistre : c'est un homme qui a une large barbe noire, et qui porte une fraise avec un habit jaune et vert.

Lucas.

Un habit jaune et vart ! C'est donc le médecin des parroquets ?

Valere.

Mais est-il bien vray qu'il soit si habile que vous le dites ?

Martine.

Comment ! c'est un homme qui fait des miracles. Il y a six mois qu'une femme fut abandonnée de tous les autres médecins : on la tenoit morte il y avoit desja six heures, et l'on se disposoit à l'ensevelir, lors qu'on y fist venir de force l'homme dont nous parlons. Il luy mist, l'ayant veuë, une petite goûte de je ne sçais quoy dans la bouche; et dans le mesme instant elle se leva de son lict et

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