‹ Théâtre complet de J.-B. Poquelin de MolièreChapitre 99 sur 189 · ACTE I, SCENE V · texte numérisé non relu

ACTE I, SCENE V

Sganarelle.

Quoy donc ? que me voulez-vous dire ? Pour qui me prenez-vous ?

Valere.

Pour ce que vous estes, pour un grand médecin.

Sganarelle.

Médecin vous-mesme : je ne le suis point, et ne l'ay jamais esté.

Valere, bas.

Voila sa folie qui le tient. {Haut.) Monsieur, ne veuillez point nier les choses davantage, et n'en venons point, s'il vous plaist, à de fascheuses extremitez.

Sganarelle.

A quoy donc ?

Valere.

A de certaines choses dont nous serions marris.

Sganarelle.

Parbleu! venez-en à tout ce qu'il vous plaira; je ne suis point médecin, et ne sçay ce que vous me voulez dire.

Valere, bas.

Je voy bien qu'il faut se servir du remède. [Haut.) Monsieur, encor un coup, je vous prie d'avouer ce que vous estes.

Lucas.

Et testigué ! ne lantiponez point davantage, et confessez à la franquette que v'estes médecin. Sganarelle.

J'enrage !

i8o LE MEDECIN MALGRE-LUY.

Valere.

A quoy bon nier ce qu'on sçait ?

Lucas.

Pourquoy toutes ces fraimes-là ? à quoy est-ce que ça vous sart ?

Sganarelle.

Messieurs, en un mot autant qu'en deux mille, je vous dy que je ne suis point médecin. Valere.

^ous n'estes point médecin ?

on.

\'estes pas médecin ?

Sganarelle.

Non, vous dy-je.

Valere.

Puisque vous le voulez, il faut s'y résoudre. ( Ils prennent un baston et le frappent. ) Sganarelle.

Ah ! ah ! ah ! Messieurs, je suis tout ce qu'il vous plaira.

Valere.

Pour quoy. Monsieur, nous obligez-vous à cette violence?

Lucas.

A quoy bon nous bailler la peine de vous battre ?

Valere.

Je vous asseure que j'en ay tous les regrets du monde.

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