‹ Théâtre complet de J.-B. Poquelin de MolièreChapitre 100 sur 189 · ACTE I, SCENE V. i8l · texte numérisé non relu

ACTE I, SCENE V. i8l

Lucas.

Par ma figue ! j'en sis fasché, franchement.

Sganarelle.

Que diable est cecy, Messieurs ? De grâce, estce pour rire, ou si tous deux vous extravaguez de vouloir que je sois médecin ?

Valere.

Quoy ! vous ne vous rendez pas encore, et vous vous défendez d'estre médecin ?

Sganarelle.

Diable emporte si je le suis !

Lucas.

Il n'est pas vray qu'ous sayez médecin ?

Non, la peste m'estouffe ! ( Là, ils recommencent de le battre. ) Ah ! ah ! Et bien. Messieurs, oûy, puisque vous le voulez, je suis médecin, je suis médecin ; apothiquaire encor, si vous le trouvez bon. [il part.] J'ayme mieux consentir à tout que de me faire assommer.

Valere.

Ah ! voila qui va bien, Monsieur, je suis ravy de vous voir raisonnable.

Lucas.

Vous me boutez la joye au cœur quand je vous voy parler comme ça.

Valere.

Je vous demande pardon de toute mon ame.

Lucas.

Je vous demandons excuse de la libarté que i'avons prise.

i82 LE MEDECIN MALGRE-LUY.

Sganarelle, à part.

Ouais ! seroit-ce bien moy qui me tromperois, et serois-je devenu médecin sans m'en estre apperceu?

Valere.

Monsieur, vous ne vous repentirez pas de nous monstrer ce que vous estes, et vous verrez asseurément que vous en serez satisfait. Sganarelle.

Mais, Messieurs, dites-moy, ne vous trompezvous point vous-mesmes? est-il bien asseuré que je sois médecin ?

Lucas.

Oùy, par ma figue !

Tout de bon ?

Sans doute.

Sganarelle.

Diable emporte si je le sçavois !

Valere.

Comment ! vous estes le plus habile médecin du monde.

Sganarelle.

Ah ! ah !

Lucas.

Un médecin qui a guary je ne sçay combien de maladies.

Sganarelle.

Tu-Dieu !

Valere.

Une femme estoit tenue pour morte il y avoit

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