‹ Théâtre complet de J. RacineChapitre 108 sur 716 · ORESTE, PYLADE · texte numérisé non relu

ORESTE, PYLADE

PTLADE.

Modérez donc, seigneur» celte fnrcr.ir extrême :

132 ANDAOMAQUC.

Je ne tous connais plus ; vous n*ètes plus vous-même Souiïrez...

ORBSTB.

Non , tes conseils ne sont plus de saison , Pylade ; je suis las d'écouter la raison. C'est traîner trop longtemps ma vie et mon supplice : Il laut que je Venlève , ou bien que je périsse. Le dessein en est pris ; je le veux achever : Oui, je le veux.

PTLADE.

£h bien , il la faut enlever ; J*y consens. Mais songez cependant où vous êtes. Que croira-t-on de vous , à voir ce que vous faites? Dissimulez : calmez ce transport inquiet; Commandez à vos yeux de garder le secret. Ces gardes, cette cour, l'air qui vous environne , Tout dépend de Pyrrhus , et surtout Hennione. A ses regards surtout cachez votre courroux. Oh dieux ! en cet état pourquoi la cherchiez-vous?

ORESTE

Que sais-je? De moi-même étais-je alors le maître.' La fureur m'emportait, et je venais peut-être Menacer à la fois l'ingrate et son amant.

PYLADE

Et quel était le fruit de cet emportement?

OR ESTE

/Et quelle âme , dis-moi , ne serait éperdue ' Du coup dont ma raison vient d'être confondue F

11 épouse , dit-il , Hermione demain ;

Il veut, pour m'honorer, la tenir de ma maiu.

Ah ! plutôt cette main dans le sang du barbare.. .

PYLADE

Vous l'accusez, seigneur, de ce destin bizarre : Cependant , tourmenté de ses propres desseins , Il est peut-être à plaindre autant que je vous plains,

Non , non ; je le connais , mon désespoir le flatte ; -^ Sans moi , sans mon amour, il dédaignait l'ingrati)^) Ses charmes jusque-là n'avaient pu le toucher : I^e cruel ne la prend que pour me l'arracher. . -' Ah dieux ! c'en était fait : Hermione gagnée

ACTK III, SCÈ^iE I. 133

Pour jamais de sa vue allait être éloignée ;

Son cœur, entre l^amour et le dépit confus ,

Pour se donner à moi n'attendait qu'un refus :

Se8 yeax s'ouTraient , Pylade ; elle écoutait Oresie, «

Lui parlait , le plaignait Un mot eût fait le reste.

PYLADE

Vous le croyez?

OiUBSTE.

Hé quoi I ce courroux enflammé Contre un ingrat..

PTLADE.

Jamais U ne fut plus aimé.

Pensez-vous , quand Pyrrhus vous Taurait accordée , Qu'un prétexte tout prêt ne Teùt pas retardée? M*en croire^Yous? Lassé de ses trompeurs attraits, Au Heu de l'enlever, fuyez-la pour jamais. Quoi ! votre amour se veut charger d'une furie Qui vous détestera , qui , tonte votre vie , Regrettant un hymen tout prêt à s'achever, Voudra...

ORBSTE.

C'est pour cela que je veux l'enlever.

Tout lui rirait , Pylade : et moi , pour mon partage , ie n'emporterais donc qu'une inutile rage? J'irais loin d'elle encor tâcher de l'oublier? Non , non : à mes tourments je veux l'associer ; C'est trop gémir tout seul. Je suis las qu'on me plaigne : •le prétends qu'à mon tour l'inhumaine me craigne, Et que ses yeux cruels , à pleurer condamnés , Me rendent tous les noms que je leur ai donnés.

PTLAâE.

Voilà donc le succès qu'aura votre ambassade ! Oreste ravisseur!

ORESTB. ^^ ,

Et qu'importe , Pylade ? <^^^

Quand nos États vengés jouiront de mes soins , I^'iograte de mes pleurs jouira-t-elle moins? tt que me servira que la Grèce m'admire , Tandis que je serai la fable de TÉpire? Que veux-tu? Mais , s'il faut ne te rien déguiser. Mon innocence enfin conunence à me peser.

134 ANUKOMAQUE.

/e ne sais de tout temps qndle injuste puissance Laisse le cdme en paix , et poursuit rinnoccni^. De quelque part sur md que je tourne les yeux , ie ne Yois que malheorB qui condamnent les dieux. Méritons leur courroux , justifions leur haine , Et que le fruit du crime en précède la peine. Mais toi , par qudie erreur Yeux-tu toujours sur tai Détourner un courroux qui ne cherche que moi .' Assez et trop longtemps mon amitié t'accable : ÉTite un malheureux , abandonne un coupable. Cher Pylade , crois-moi, ta pitié te séduit : Laisse-moi des périls dont j'attends tout le fruiL Porte aux Grées cet eo&nl que Pyrrhus m'abandonne. Va-t'en.

PYIADB.

Allons , seignenr, enlerons fiermione :

Au traTers des périls un grand cœur se fait jour. Que ne peut Tamitié conduite par l'amour I Allons die tous tos Grecs encourager le zèle : Nos vaisseaux sont tout prêts , et le Tent nous appelle. Je sais de ce palais tous les d^urs obscurs : Vous Yoyez que la mer en vient battre les murs ; Et cette nuit , sans peine , une secrète yole Jusqu'en Yotre vaisseau conduira votre proie.

ORESTE

J'abuse , cher ami , de ton trop d'amitié :

Mais pardonne à des maux dont toi seul as pilîé.

Excuse un malheureux qui perd tout ce qu'il aime ,

Que tout le monde hait , et qui se hait luinonéme.

Que ne puis- je à mon tour, dans un sort plus heureux.*

PYLàDE.

Dissimulez , seigneur ; c'est tout ce que je veux. Gardez qu'avant le coup votre dessein n'éclate : Oubliez jusque-là qu'Hermione est ingrate ; Oubliez votre amour. Elle vient , je la voi.

Va-t'en. Réponds-moi d'elle , et je réponds de moi.

ORESTE. À

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