‹ Théâtre complet de J. RacineChapitre 125 sur 716 · PYRRHUS, HERMIONE, PHŒNIX · texte numérisé non relu

PYRRHUS, HERMIONE, PHŒNIX

PYRROCS.

Vous ne m'attendiez pas , madame ; et je vois bien Que mon abord ici trouble votre entretien. Je ne viens point , armé d'un indigne artifice , D'un voile d'éqiiité couvrir mon injustice : 11 suffit que mon cœur me condamne tout bas; Et je soutiendrais mal ce que je ne crois pas. J*épouse une Troyenne; oui , madame : et j'avoue

ACT£ lY, SGÈNB V. fdl

Que je TOUS ai promift la foi qoe je lai voue.

Cn autre tous dirait que , dans les clwmpft troyciis ,

Nos deux pères , sans nous , formèrent ces liens ;

Et que y sans consulter ni mon choix ni le vôtre ,

Nous fûmes , sans amour, engagés Tun à l'aittre :

Mais c'est assez pour moi que je me sois soumis.

Par mes ambassadeurs mon cceur tous fut promis ;

Loin de les réToqoar, je touIus y souscrire :

Je TOUS vis avec eux arriTer en Èpise ;

£t, quoique d'un autre œil l'éclat victorieux

£ût déjà prévenu le pouToir de tos yeux ,

Je ne m'arrêtai point à cette ardeur nouvelle ,

Je voulus m'obstiner à tous être fidèle;

Je TOUS reçus en rdne , et jusques à ce jour

J'ai cru que mes serments me tiendraient lieu d'amour.

Mais cet amour remporte ; et , par un coup funeste , Andromaque m'arrache un coeur qu'elle déteste : L'un par l'autre entraînés , nous courons à Tautd Nous jurer, milgré nous , un amour immortel. Après cela, madame, éclates contre un traftre, Qui Test aTec douleur, et qui pourtant Teut l'être. Pour moi , loin de contramdre un si juste courroux , li me soulagera peut-être autant que tous. Donnez-moi tous les noms destinés aux paijures : Je crains Totre silence, et non pas tos isgures; Et mon cœur, souleranl miUe secrets téoaoiBs , M'en dira d'autant plus que tous m'en direz moins.

HERMIOKE.

Seigneur, dans cet aTen , dépouillé d'artifice , J'aime à Toir que du moins vous vous rendiez justice; Kt que , voulant bien rompre un nœud si solennel , Vous vous abandonniel au crime en criminel. Est-H juste , après tout , qu'on conquérant s'abaisse Sons la servile loi de garder sa promesse ? Non , non , la perfidie a de quoi vous tenter; Kt vous ne me cherchez que pour vous en vanter. Quoi ! sans que ni serment ni devoir vous retieiuic , Rechercher une Grecque , amant d'une Troyenue ! Me quitter, me reprendre, et retourner enœr De la fille d'Hélène k la veuve d'Hector ! Coiu-onner tour à tour Pesclave et la princesse!

15) ANDROMAQUE

Immoler Troie aux Grecs , an fUs d^Hecter la Grfece! Tout cela part d*un cœur toujours maître de soi , D*un béros qui n'est point esclave de sa foi. Pour plaire à votre épouse, il vous faudrait peut-être Prodiguer les doux noms de parjure et de traître Vous veni^ de mon front observer la pâleur. Pour aller dans ses bras rire de ma douleur : Pleurante après son char vous voulez qn*oir me voie. Mais , seigneur, en un jour ce serait trop de joie ; Et, sans chercher ailleurs des titres empruntés , Ne vous suffit-il pas de ceux que vous porte»? Du vieux père d'Hector la valeur abattue Aux pieds de sa famille expirante à sa vue , Tandis que dans son sein votre bras enfoncé Cherche «n reste de sang que Tàge avait glacé ; Dans des ruisseaux de sang Troie ardente plongée; De votre propre main Polyxène égoigée, Aux yeux de tous les Grecs indignés contre vous : Que peut-on refuser à ces généreux coupa? «

PYRRHUS

Madame, je sais trop à quel excès de rage

La vengeance d'Hélène emporta mon courage;

Je puis me plaindre à vous du sang que j'ai versé :

Mais enfin je consens d'oublier le passé.

Je rends grâces au ciel que votre indifférence

De mes heureux soupirs m'apprenne l'innocence :

Mon coeur, je le vois bien , trop prompt à se gêner.

Devait mieux vous connaître et mieux s'examiner.

Mes remords vous faisaient une ii^ure mortelle :

il fout se croire aimé pour se croffe infidèle.

Vous ne prétendiez point m'arrèter dans vos fers :

J'ai craint de vous trahir, peut^tre je vous sers.

Nos cœurs n'étaient point faits dépendants l'un de l'autre :

Je suivais mon devoir, et vous cédiez au vêtre.

Rien ne vous engageait à m'aimer en effet.

RERNIONE.

Je ne t'ai point aimé , cruel ! qu'ai-je donc fait? J'ai dédaigné poiv toi les vœux de tous nos princes : Je t'ai cherché moi-même au fbnd de tes provmces ; J'y suis encor, malgré tes infidélités , Et malgré tous mes Grecs , honteux de mes boi&tés :

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