‹ Théâtre complet de J. RacineChapitre 129 sur 716 · SCÈNE IL · texte numérisé non relu

SCÈNE IL

HERMIOME, CLÉONE.

BERMUmE. .

Ah I qii*ai-je fait , Cléone? et que viens-tu me <Ëre? J ^ ^ ^

Que fait I>yri1rasrr ^ t ( ^

n est au comble de j^ voeux , Le plus fier des mortels , et le pins amoureux. Je l'ai vu vers le temple, où son hymen s'apprête , Mener en conquérant sa nouvelle conquête ; YX , d*un œil où brillaient sa joie et son espoir, i S*eaivrer en marchant du plaisir de la voir. Andromaque , an travers de mille cris de joie , Porte jusqu'aux autels le souvenir de Troie ; lucapable toujours d'aimer et de haïr, Sans joie et sans murmure elle semble obéir.

BERMIONE.

Et ringrati* jusqu'au bout il a poussé l'outrage? Maïs as-tu bien, Cléone , observé son visage ? Goûte-tril des plaisirs tranquilles et parfaits? N'a-t-U point détourné ses yeux vers le palais ? Dis-moi , ne f es-tu point présentée à sa vue? L'ii^at a-t-il rougi lorsqu'il tfa reconnue? Son trouble avouait-il son infidâité ?

A-t-Sl jusqu'à la fin soutenu sa fierté?

CLÉONE

Madame , il ne voit rien. Son salut et sa gloire Semblent être avec tous sortis de sa mémoire. Sans songw qui le suit , ennemis ou sujets , Il poursuit seulement ses amoureux projets. Autour du fils d'Hector il a rangé sa garde , f ïX croit que c'est lui seul que le péril regarde. : PlKEnix môme en répond , qui l'a conduit exprès Dans un fort éloigné du temple et du palais. Voilà dans ses transports le seul soin qui lui reste.

iSn ANDROMAQUE.

IIERMIONB.

Le perfide ! il mourra. Mais qne fa dit Orestcf

CLéONB.

Oreste avec ses Grecs dans le temple est entré.

HERMIONE

Eh bien? à me venger n'est-il pas préparé?

CLÉONR.

Je ne sais.

UfiRHlOIS'E.

> Tu ne sais ! Quoi donc l Oreste encore «

Oreste me traliit?

CLÉONE

' Oreste vous adore; Mais de mille remords son esprit comliattu Croît tantôt son amour et tantôt sa vertu. 11 respecte en Pyrrhus riionneur du diadème ; Il respecte en Pyrrlnis Achille et Pyrrhus même : .11 craint les Grecs, il craint Tunivers en courroux.^ •■ Mais il se craint , dit*il , soi-même plus que tous. D voudrait en vainqueur vous apporter sa tête : Le seul nom d'assassin répouvante et l'arrête. Enfin il est entré , sans savoir dans son cœur S'il en devait sortir coupable ou spectateur.

UERMIONE.

Non , non , il les verra triompher sans obstacle ;

11 se gardera bien de troubler ce spectacle :

Je sais de quels remords son courage est atteint ;

Le lâche craint la mort , et c'est tout ce qu'il craint.

Quoi ! sans qu'elle employât une seule prière ,

Ma mère en sa faveur arma la Grèce oitière ;

Ses yeux pour leur querelle , en dix ans de «ombats»

Virent périr vingt rois qu'ils ne connaissaient pas :

Et moi , je ne prétends que la mort d'un parjure ,

£t je charge un amant du soin de mon injure ;

11 peut me conquérir à ce prix sans danger ;

Je me livre moi-même » et ne puis me venger !

Allons. C'est à moi seule à me rendre justice.

Que de cris de douleur le temple retentisse •■

De leur hymen fatal troublons l'événement;

Et qu'Os ne soient unis , s'il se peut , qu'un moment.

Je ne choisirai point dans ce désordre extrême ;

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