‹ Théâtre complet de J. RacineChapitre 16 sur 716 · ACTE SECOND · texte numérisé non relu

ACTE SECOND

ANTlGON£,HÉMOJ!«.

HÉMON

Quoi! VOUS me refusez votre aûnàble présence , Après un an entier de supplice et d'absence ! Ne m'avejt-vous , madame , appelé près de vous , Que pour m'6(er sitôt un bien qui m'est si doux?

ANTIGOIVE.

Ht voulei-vous sitôt que j'abandonne un frère.' Ne doisrje pas au temple accompagner ma mère?

23 UîS FftÊRbS ENNEMIS

El doi&-je préférer, aa gré de tos souhaits , Le soin de votre amour à celui de la paix?

HÉMON

Madame, à moo bonheur c'est chercher trop d'obstacles :

Ils iront bien , sans nous , consulter les oracles.

Permettez que mon cœur, en voyant vos beaux yeux ,

De rétat de son sort inteiToge ses dieux.

Puis-je leur demander, sans être téméraire.

S'ils ont toujours pour moi leur douceur ordinaire ?

Souflrent-ils sans courroux mon ardente amitié ?

Et du mal qu'ils ont fait ont-fls quelque pitié?

Durant le triste cours d'une absence cruelle ,

Avez-vous souhaité que je fusse fidtie?

Songiez-Yous que la mort menaçait , loin de vous ,

Un amant qui ne doit mourir qu'à vos genoux?

Ah ! d'un si bel objet quand une âme est blessée ,

Quand un «sur jusqu'à vous âève sa pensée ,

Qu'A est doux d'adorer tant de divins appas !

Mais aussi que l'on souffre en ne les voyant pas !

Un moment, loin de vous, me durait une année :

J'aurais fini cent fois ma triste destinée ,

Si je n'eusse songé , jusqnes à mon retour,

Que mon éloignement vous proavait mon amour;

Et que le souvenir de mon obéissance

Pourrait en ma faveur parler en mon absence;

Et que pensant à moi vous penseriez aussi

Qu'il faut aimer beaucoup pour obéir ainsi.

AimCONB.

Oui, je l'avais bien cru qu'une âme si fidèle Trouverait dans l'absence une peine cruelle; Et , si mes sentiments se doivent découvrir, Je souhaitais , Hémon , qu'dle vous fit souffrir, Et qu'étant loin de moi , quelque ombre d'amertume Vous fit trouver les jours plus longs que de coutume. Mais ne vous plaignez pas : mon cœur chargé d'ennui Ne vous souhaitait rien qu'il n'éprouvât en lui. Surtout depuis le temps que dure cette guerre , Et que de gens armés vous couvrez cette terre. Oh dieux ! à quels tourmenta mon cœur s'est vu soumis Voyant des deux côtés ses plus tendres amis! Mille objets de douleur déchiraient mes entrailles;

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