‹ Théâtre complet de J. RacineChapitre 190 sur 716 · ACTE II, SCÈNE ïïî. Î3I · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE ïïî. Î3I

II n'a point détourné ses regards d'ane fille Seul reste du débris d'une illustre famille : Peut-être il se souvient qu*en un temps plus heureux Son père me nomma pour Tobjet de ses Toeux. 11 m*aime ; il obéit à Tempereur son père. Et j'ose dire encore , à vous , à Totre mère : Vos désirs sont toujours si conformes aux siens.. .

NÉROM

Ma mère a ses desseins , madame ; et j'ai les miens. Ne parlons plus ici.de Clande et d'Agrippine; Ce n'est point par leur choix que je me détermine. C'est à moi seul , madame , à répondre de tous ; Et je venx de ma main tous choisir un époux.

JUNIE

Ah sdgneor ! songez^vous que toute autre alliance Fera honte aux Césars , auteurs de ma naissance ?

NÉROIf.

Non , madame ; l'époux dont je vous entretiens Peut sans honte assembler tos aïeux et les siens ; Vous pourez , sans rougir, consentir à sa flamme. •

jumE.

Et quel est donc , seigneur, cet époux?

NÉRON

Moi, madame.

JUNIE

Vousl

NÉRON

Je TOUS nommerais 9 madame, un autre nom , Si j'en savais quelque autre au-dessus de Néron. Oui , pour TOUS faire un choix oh vous puissiez souscrire , J'ai parcouru des yeux la cour, Rome, et l'empire. Plus j'ai dierché , madame , et plus je cherche encor En quelles mains je dois confier ce trésor , Plas je vois que César, digne seul de vous plaire , En doit être lui seul l'heureux dépositaire , Et ne peut dignement vous confier qu'aux mains A qui Rome a commis l'empire des humains. Vous-même, consultez vos premières années : Ctekadius à son fils les avait destinées ; Mais c'était en un temps où de l'empire enlier n croyait quelque jour le nommer l'héritier.

i3î BRITANNICUS.

I^es dieux ont prononcé. Loin de leur contredire. C'est à vous de passer du côté de Tempire. En vain de œ présent ils m'auraient honoré , Si votre cœur devait en être séparé ; Si tant de soins ne sont adoucis par vos diarmes ; Si , tandis que je donne aux veilles , aux alarmes , Des jours toujours à plaindre et toujours enviés , Je ne vais quelquefois respirer à vos^ pieds. Qu'Octavie à vos yeux ne fasse point d'ombrage; Rome , aussi bien que moi , vous donne son sufTrage, Répudie Octavie , et me fait dénouer Un hymen que le ciel ne veut point avouer. Songez-y donc , madame , et pesez en vous-même Ce choix digne des soins d'un prince qui vous aime, Digne de vos beaux yeux trop longtemps captivés , Digne de l'univers , i qui vous vous devez.

JUNIE

Seigneur, avec raison je demeure étonnée.

Je me vois , dans le cours d'une même journée ,

Comme une criminelle amenée en ces lieux ;

EX lorsqu'avec firayeur je parais à vos yeux ,

Que sur mon innocence à peine je me fie ,

Vous m'offrez tout d'un coup la place d'Octavie.

J'ose dire pourtant que je n'ai mérité

Ni cet exc^ d'honneur, ni cette indignité.

Et pouvez-vous, sdgnear, souhaiter qu'une fille

Qui vit presque %n naissant éteindre sa famille ,

Qui , dans l'obscurité nourrissant sa douleur,

S'est fidt une vertu conforme à son malheur,

Passe subitement de cette nuit profonde

Dans un rang qui l'expose aux yeux de tout le monde,

Dont je n'ai pu de loin soutenir la clarté ,

Et dont une autre enfin remplit la majesté?

Je VOUS ai déjà dit que je la répudie :

Ayez moins de frayeur, ou moins de modestie.

N'accusez point id mon choix d'aveuglement :

Je vous réponds de vous ; consentez seulement.

Du sang dont vous sortez rappelez la mémoire ;

Et ne préférez point, à la solide gloire

Des honneurs dont César prétend voH^s revêtir.

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