‹ Théâtre complet de J. RacineChapitre 191 sur 716 · ACTE II, SCÈNE 111. t · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE 111. t

La gloire d'un refus sujet au repentir.

JUNIE

Le dél oonnalt , sdgneur, le fond de ma pensée. Je ne me flatte point d'une gloire insensée : Je sais de vos présents mesurer la grandeur ; Mais plus Gfl rang sur moi répandrait de splendeur, Plus il me ferait honte, et mettrait en lumière Le crime d'en avoir dépoufllé rbéritière.

nâioN.

C'est de ses inlérftts prendre beaucoup de soin , Madame ; et Tamitié ne peut aller plus loin. Mais ne nous flattons point , et laissons le mystère. La sœur tous touche ici beaucoup moins que le frère ; ' Et pour Britannicus...

JUNIE

Il a su me toucher, Seigneur; et je n*ai point prétendu m'en cacher. Cette sincérité sans doute est peu discrète ; Mais toujours de mon coeur ma bouche est l'interprète : Absente de la cour, je n'ai pas dû penser, Sdgneur, qu'en l'a^ de feindre il fallût m'exerc«r. J'aime Britannicus. Je lui fus destinée Quand l'empire devait suivre son hyménée : Mais ces mêmes malheurs qui l'en ont écarté , Ses honneurs abolis, son palais déserté , La fuite d'une cour que sa chute a bannie , Sont autant de liens qui retiennent Junie. Tout ce que tous voyez conspire à tos désirs ; Vos Jours toujours sereins coulent dans les plaisirs ; L'empire en est pour vous l'Inépuisable source : Ou , si quelque chagrin en interrompt la courte , Tout l'univers , soigneux do les entretenir, S'empresse à l'efTacer de votre souvenir. Britannicus est seul : quelque ennui qui le presse , II ne ¥oit dans son sort que moi -qui s'intéresse , Et n'a pour tous plaisirs, seigneur, que quelques pleurs Qui lui font quelquefois oublier ses malheurs.

NÉRON

li^t ce sont ces plaisirs et ces pleurs que j'envie

Que tout antre que lui me paierait de sa \\e.

Mais je garde à ce prince un traitement pins dwa :

23 1 BIUTJUSN1CU8.

Madame, il va bientôt paraître devant vous.

JONIB.

Ail seigneur! vos vertus m'ont toujours rassurée.

Je pouvais de ces lieux lui défendre l'entrée ;

Mais , madame , je veux prévenir le danger

Où son ressentiment le pourrait engager.

Je ne veux point le perdre ; il vaut mieux que lui-même

Entende son anAt de la bonelie qu'il aime.

Si ses jours vous sont chers , éloigne^^e de vous ,

Sans qu'il ait aucun Ueu de me croire jaloux.

De son bannissement prenez sur vous l'ofifense ;

Et , soit par vos discours , soit par votre sâenoe ,

Du moins par vos froideurs , faites-lui concevoir

Qu'il doit porter ailleurs ses vanx et son espoir.

JUIOE.

Moi ! que je lui prononce un arrêt si sévère t Ma bouche mille fois lui jura le contraire. Quand noéme jusque-là je pourrais me trahir, Mes yeux lui défendront, seigneur, de m'obâr.

Caché près de ces lieux , je vous verrai , madame . Renfermez votre amour dans le fond de votre âme : Vous n'aurez point pour moi de langages secrets ; J'entendrai des regards que vous croirez muets ; Et sa perte sera l'infaillible salaire D'un geste ou d'un soupir échappé pour lui plaire.

JONIB.

Hélas ! si j'ose encor former quelques souhaits , Seigneur, permettez-moi de ne le voir janaais.

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