JUNIE, BRITANNICUS, NARCISSE
BRlTAmVICtJS.
Madame , quel bonheur me rapproche de tous ? Quoi ! je pois donc jouir d'un entretien si doux ? Mais parmi oe plaisir quel chagrin me dévore ? Hélas I puis-je dspérer de vous revoir encore? Faut-il que je dérobe , avec mille détours , Un bonheur que vos yeux m'accordaient tous les jours? Quelle nuit I quel réveil l Vos pleurs , votre présence ^ont point de ces cruels désarmé l'insolence? Que faisait votre amant? Quel démon envieux M'a refusé l'honneur de mourir à vos yeux? Hélas ! dans la frayeur dont vous étiez atteinte , M'avez-vous en secret adre&sé quelque plainte? Ma princesse, avez-vous daigné me souhaiter? Songiez-vons aux douleurs que vous m'alliez coûter?... Vous ne me dites rien ! quel accueil I quelle glace ! Est-ce ainsi que vos yeux consolent ma disgr&ce? Pariez : nous sommes seuls. Notre ennemi , trompe , Tandis que je vous parle est ailleurs occupé : Ménageons les moments de cette heureuse absence.
JDNIB.
Vous êtes en des lieux tout pleins de sa puissance : Ceg murs même , seigneur, peuvent avoir des yeux ; Et jamais l'empereur n'est absent de ces lieux.
BRrrANMICUS.
Et depuis quand , madame , êtes vous si craintive? Quoil déjà votre amour souffre qu'on le captive?
236 BIUTA^NICUS.
Qu*cst devenu ce cœur qui me jurait toujours De faire à Néron même envier nos amours ? Mais bannissez, madame, une inutile crainte : La foi dans tons les cœurs n'est pas encore éteinte; Chacun semble des yeux approuver mon courroux; La mère de Néron se déclare pour nous. Home, de sa conduite elle-même offensée....
JVNIE.
Ah seigneur ! vous parlez contre votre pensée. Vous-même , vous m'avez avoué mille fois Que Rome le louait d'une commune voix : Toujours à sa vertu vous rendiez quel<iuê hommage. Sans doute la douleur vous dicte ce langage.
BRrrANNICCS.
Ce discours me surprend , il le faut avouer :
Je ne vous cherchais pas pour l'entendre louer.
Quoi ! pour vous confier la douleur qui m'accable ,
A peine Je dérobe un moment favorable;
Kt ce moment si cher, madame, est consumé,
A louer l'ennemi dont je suis opprimé I ^
Qui vous rend à vous-même, en un jour, si contrairer
Quoi ! même vos regards ont appris à se taire ?
Que voiS'je? vous craignez de rencontrer mes yeux !
Néron vous plairait-il ? vous serais-je odieux ?
Ah ! si je le croyais !... Au nom des dieux , madame ,
Éclaircissez le trouble où vous jetez mon âme.
Parlez. Ne suis-je plus dans votre souvenir?
iCNlE.
Retirez- vous, seigneur; l'empereur va venir.
BRITÂNNIGUS.
Après ce coup, Narcisse , à qui dois-je m'attendie?