‹ Théâtre complet de J. RacineChapitre 195 sur 716 · AGRIPPINE, BURRHUS , ALBINE · texte numérisé non relu

AGRIPPINE, BURRHUS , ALBINE

AGRIPPIKE.

£b bien ! je me trompais, Burrfaus , dans mes soupçon»? Et vous vous signalez par dlltustres leçons ! On exfle Pallas , dont le crime peut-être Est d'avoir à l'empire élevé votre maître. Vous le savez trop bien ; jamais , sans ses avis , Claude, qu'il gouvernait, n'eût adopté mon fiis. Que dis-je? à son épouse on donne une rivale ; On affranchit Néron de la foi conjugale : Digne emploi d'un ministre ennemi des flatteurs , Choisi pour mettre un frdn à ses jeunes ardeurs , De les flatter lui-même , et nourrir dans son âme Le mépris de sa mère et l'oubli de sa femme !

BURRHUS

Madame , jusquid c'est trop têt m'accuser.

L'empereur n'a rien fait qu'on ne puisse excuser.

N'imputez qu'à Pallas un exil nécessaire :

Son orguefl dès longtemps exigeait ce salaire ;

Et l'empereur ne fait qu'accomplir à regret

Ce que toute la cour demandait en secret

Le reste est un malheur qui n'est point sans ressource :

Des larmes d'Octavie on peut tarir la source.

Mais calmez vos transports. Par m chemin plus doux

240 BRlTANNiCUS.

Vous lui pourrez plutôt ramener son époux : Les menaces, les cris , le rendront pDis farouctid.

JLGRIPPINE.

Ah f Ton s'efforce en vain de me Termer la bouclie. Je vois que mon silence irrite vos dédains ; Et c'est trop respecter l'ouvrage de mes mains. Pallas n'emporte pas tout l'appui d'Agrippinc ; 1^ ciel m'en laisse assez pour venger ma ruine. Le flls de Claudins commence à ressentir Des crimes dont je n'ai que le seul repentir. J'irai , n'en doutez point, le montrer à l'armée , Plaindre aux yeux des soldats son enfance opprimée , Leur faire, à mon exemple , expier leur erreur. On verra d'un cAté le fils d'un empereur Redemandant la foi jurée à sa famille , Et de Germanicus on entendra la fille : l>e l'autre , l'on verra le fils d'Énobarbus , Appuyé de Sénèque et du tribun Bnrrhus , Qui, tous deux de l'exil rappdés par moi-mènie, Partagent à mes yeux l'autorité suprême. De nos crimes communs je veux qu'on soit iuRtruif ; On saura les chemins par où je l'ai conduit. Pour rendre sa puissance et la vôtre odieuses , J'avouerai les rumeurs les plus injurieuses; Je confesserai tout, exils , assassinats , Poison même...

BURRHUS

Madame, ils ne vous croiront pas :

Ils sauront récuser l'injuste stratagème D*un témoin irrité qui s'accuse lui-même. Pour moi , qui le premier secondai vos desseins , Qui fis même jurer Tannée entre ses mains , Je ne me repens point de ce zèle sincère, l^fadame, c'est un fils qid succède à son père. En adoptant Néron , Claudius par son choix De .son fils et du vôtre a confondu les droits. Home Ta pu choisir. Ainsi , sans être injuste, Elle choisit Tibère adopté par Auguste; Et le jeune Agrippa , de sou sang descendu , Se vit exclu du rang vainement prétendu. Sur tant de fondements sa puissance établie

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