‹ Théâtre complet de J. RacineChapitre 215 sur 716 · M7NIE · texte numérisé non relu

M7NIE

Néron m'aimait tantôt , il jurait votre perte ;

Il me fuit y i> vous cherche : un si grand changement

Peut-il être, seigneur, l'ouvrage d'un moment?

BHITANNIGUS.

Cet ouvrage, madame, est un coup d'Agrippine : Elle a cru que ma perte entraînait sa ruine* GrAce aux préventions de son esprit jaloux , Nos plus grands ennemis ont combattu pour nous. Je m'en fie aux transports qu'elle m'a fait paraître; Je m'en fie à Burrhus : j'en crois même son maître ; Je crois qu'à mon exemple , impuissant à trahir, U hait à cœur ouvert , ou cesse de haïr.

JUNIE

Seigneur, ne jugez pas de son cœur par le vôtre; ^ Sur des pas dUTérents vous marchez l'un et l'autre. Je ne connais Néron et la cour que d'un jour ;

Sft2 BR1TANMCUS.

Mais , si je Tose lUre , bêlas ! dans cette cour Combien tout ce qu'on dit est loin de oe qu'on pense! Que la bouche et le cœur sont peu d'intdllgenee ! Avec, combien de joie on y trahit sa foi l Quel séjour étranger et pour vous et pour moi !

BRITANNICOS.

Mais, que son amitié soit véritable ou feinte,

Si vous craignes Néron , lui-même est-il sans crainte?

Non , non , fl n'ira point , par un l&che attentat ,

5k>nlever contre loi le peuple et le sénat

Que dis-je? il reconnaît sa dernière injustice;

Ses remords ont paru , même aux yeux de Narcisse.

Ah ! s'il vous avait dit, ma princesse, à quel point...

JUNIE

Mais Narcisse , seigneur, ne vous trahit-il point?

BRITANNICOS.

VA pourquoi voulez- vous que mon cœur s'en défie?

JUNIE

Et que sais-je? il y va , seigneur, de votre vie : Tout m'est suspect : je crains que tout ne soit séduit ; Je crains Néron ; je crains le malheur qui me suit. D'un noir pressentiment malgré moi prévenue. Je vous laisse à regret éloigner de ma vue. Hélas ! si cette paix dont vous vous repaissex Couvrait contre vos jours quelques pièges dressés ; Si Néron , irrité de notre intelligence , Avait choisi la nuit pour caclier sa vengeance ; S'il préparait ses ooups tandis que je vous vois ; Et si je vous parlais pour la dernière fois ! Ah prince !

BRrrANNieus.

Vous pleurez ! ah ma chère princesse ! Et pour moi jusque-là votre conir s'intéresse I Quoi ! madame , en un jour où , plein de sa grandeur, Néron croit éblouir vos yeux de sa splendeur. Dans des lieux où chacun me fViit et le révère , Aux pompes de sa cour préférer ma misère! Quoi ! dans ce même jour et dans ces mêmes lieux Refuser^m empire , et pleurer à mes yeux ! Mais , madame , arrêtez ces précieuses larmcn ; Mon retour va bientôt dissi|)<'r vos alarmes.

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