‹ Théâtre complet de J. RacineChapitre 235 sur 716 · ACTE I , SCÈNE IV. 2S · texte numérisé non relu

ACTE I , SCÈNE IV. 2S

Des flammes , de la Mm , des fureurs intestines .

Et laissa leurs remparts cachés sous leurs ruines :

Rome TOUS vit, madame » arriver avec lui.

Dans l'Orient désert quel devint mon ennui !

Je demeurai longtemps errait dans Césarée,

Lieux charmants, où mon cœur vous avait adorée :

Je vous redemandais à vos tristes États ;

Je cherdiais , en pleurant , les traces de vos pas.

Mais enfin , snccombant à ma mélancolie ,

Mon dése^ir tourna mes pas vers l'Italie :

Le sort m'y rétorvait le dernier de ses coups.

Titus en m'embrassant m'amena devant vous :

Un voile d'amitié vous trompa l'un et l'autre ,

Et mon amour devint le confident du vôtre.

Mais toujours quelque espoir flattait mes déplaisirs :

Rome, Yespasien, traversaient vos soupirs.

Après tant de combats , Titus cédait peut-être.

Yespasien est mort, et Titus est le maître.

Que ne fuyais-je alors ! J'ai voulu quelques jours

De son nouvel empire examiner le cours.

Mon sort est accompli : votre gloire s'apprête.

Assez d'autres , sans moi , témoins de cette fête ,

A vos heureux transports viendront joindre les leurs :

Pour moi, qui ne pourrais y mêler que des pleurs.

D'un inutfle amour trop constante victime ,

Heureux dans mes malheurs d'en avoir pu sans crime

Conter toute l'histoire aux yeux qui les ont faits.

Je pars plus amoureux que je ne fus jamais.

BÉRÉNICE

Seigneur , je n'ai pas cru que , dans une journée

Qai doit avec César unir ma destmée,

11 fût quelque mortel qui pût impunément

Se venir à mes yeux déclarer mon amant.

Mais de mon amitié mon silence est un gage :

J'oublie en sa feveur un discours qui m'outrage.

Je n'en ai point troublé le cours injurieux ;

Je fais plus , à regret je reçois vos adieux.

Le ciel sait qu'au milieu des honneurs qu'il m'envoii;

Je n'attendais que vous pour témoin de ma joie :

Kvec tout l'univers j'/jonorais vos vertus ;

T'ius vous chénssail , vous admiriez Titus.

286 BÉRËNLCE.

Ceat fois je me suis fiût une douceur extrême D'entretenir Titus dans un autre lui-m6nie.

ÀNTIOCBQS.

Et c*est ce que je fuis. J*éTite , mais trop tard , Ces cruels entretiens où je n*ai point de part. Je fuis Titus ; je fuis ce nom qui m'inquiète, Ce nom qu'à tous moments votre bouctie r^te : Que vous dirai-je enfin ? je fuis des yeux distraie » Qui, me voyant toujours, ne me voyaient jamais. Adieu. Je vais , le cœur trop plein de votre image , Attendre , en vous aimant, la mort pour mon partage. Surtout n^ craignez point qu'une aveugle douleur Remplisse l'univers du bruit de mon malheur : Madame, le seul bruit d'une mort que j'implore Vous fera souvenir que je vivais encore. Adieu.

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