‹ Théâtre complet de J. RacineChapitre 234 sur 716 · ACTE I, SCÈ£«I£ lY. n · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈ£«I£ lY. n

ANTIOCUUS.

Il a re|»is pour vous sa tendresse prenûère?

BÉRÉNICE

Vous fûtes spectateur de cette nuit dernière ,

Lorsque, pour seconder ses soins religieux ^

Le sénat a placé son père en tre les dieux.

I>e ce juste devoir sa piété contente

A fait place , seigneur , aux soins de son amante;

Et même en ce moment , sans qu'il m'en ait parlé.

Il est dans le sénat par son ordre assemblé.

Là , de la Palestine il étend la frontière ,

Il y joint l'Arabie et la Syrie entière :

Et y si de ses amis j'en dois croire la voix ,

Si j'en crois ses serments redoublés n^e fois ,

11 va sur tant d'États couronner Bépénice,

Pour joindre à plus de noms le nom d'io^ratricc.

11 m'en viendra lui-même assurer en ce lieu.

ANTIOGHUS.

Et Je viens donc vous dire un éternel adieu.

BJÈBÉNICG.

Que dites-vous.' Ah ciell quel adieu ! quel langage! Prince , vous vous troublez et changez de visage!

ANTIOGHDS.

Madame , il font partir.

BÉHÉTUCE.

' Quoi ! ne puis-je savoir Quel sujet...

ANTIOCHUS, àpart.

11 fallait partir sans la revoir.

HÉRÉNIGE.

Que craignez-vous? Parlez; c'est trop longt^nps se tairr. Seigneur, de ce départ quel est donc le mystère?

AIfTIOGBDS.

Au moins souvenez- vous que je cède à vos lois , Et que vous m'écoutez pour la dernière fois. Si , dans ce haut degré de gloire et de puissance , Il vous souvient des lieux où vous prîtes naissance» Madame, il vous souvient que mon cceur en ces lieux l^^t le premier trait qui partit do vos yeux : J'aimai. J'obtins l'aveu d'Agrippa votre frère . Il vous parla pour moi. Peut-être sans colère

2S4 BËRÉNIGE.

AUiez-vous démon cœur receToîr le tribut;

Titus , pour mon malheur , vint , vous vit , et tous plut.

Il parut devant vous dans tout l'éclat d'un homme

Qui porte entre ses mains la vengeance de Rome.

La Judée en pâlit : le triste Antiochus

Se compta le premier au nombre des vaincus.

Bientôt y de mon malheur interprète sévère

Votre boudie à la mienne ordonna de se taire.

Je disputai longtemps ; je fis parler mes yeux :

Mes pleurs et mes soupirs vous suivaient en tous lieux

Enfin votre rigueur emporta la balance ;

Vous sûtes m'imposer l'exil ou le sflence.

Il fallut le promettre, et même le jurer :

Mais , puisqu'en ce moment j'ose me déclarer ,

Lorsque vous m'arrachiez cette injuste promesse.

Mon cœur faisait serment de vous aimer sans cesse.

BéRÉNICE.

Ah I que me dites-vous ?

ANTIOCHUS

Je me suis tu cinq ans , Madame, et vais encor me taire plus longtemps.

De mon heureux rivsd j'accompagnai les armes ; J'espérai de verser mon sang après mes larmes , Ou qu'au moins jusqu'à vous porté par mille exploits Mon nom pourrait parler , au défaut de ma voix. Le cid sembla promettre une fin à ma peine : Vous pleurâtes ma mort, hélas I trop peu certain*. Inutiles périls! Quelle était mon erreur! La valeur de Titus surpassait ma fureur : 11 faut qu'à sa vertu mon estime réponde. Quoique attendu , madame , à l'empire du monde , Chéri de l'univers , enfin aimé de vous , Il semblait à lui seul appeler tous les coups ; Tandis que , sans espoir , haï , lassé de vivr« , Son malheureux rival ne semblait que le suivre.

Je vois que votre cœur m'applaudit en secret; Je vois que l'on m'écoute avec moins de regret , Kt que , trop attentive à ce récit funeste , En faveur de Titus vous pardonnez le reste.

Enfin , après un siège aussi cruel que lent , Il dompta les mutins, reste pâle et sanglaut^

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