‹ Théâtre complet de J. RacineChapitre 288 sur 716 · ACTE IJ, SCÈiSE V. 3;»I · texte numérisé non relu

ACTE IJ, SCÈiSE V. 3;»I

ATAUDE.

Sdgneur , vous pourriez vivre , et ne me point trahir.

lUJAZET.

Parlez. Si je le puis , je suis prôt d'obéir.

ATAUDE.

La sultane vous aime : et , malgré sa coièie.

Si Yoos preniez , seigneur, plus de soin de lui plaire;

Si vos soupirs daignaient lui faire pressentir

Qu^unjour...

Je vous entends : je n'y puis consentir Me vous figurez point que , dans cette journée , lyimlftche désespoir ma vertu consternée Craigne les soins d'un trône où je pourrais monter^ Et par on prompt trépas cherche à les éviter. J'écoute trop peut-être une imprudente audace : mais y sans cesse occupé des grands noms de ma racv.*, J*e^rab que , fuyant un indigne repos» Je prendrais quelque place entre tant de béro& Mab , quelque ambition , quelque amour qui mç brAlet Je ne puis plus tromper une amante crédule. En vain, pour me sauver, je vous Taurais promis : Et ma ])ouche et mes yeux , du mensonge ennemis. Peut-être , dans le temps que je voudrais lui plaire , Feraient par leur désordre un efifet tout contraire ; Et de mes froids soupirs ses regards ofiTensés Verraient trop que mon cœur ne les a point poussés. Oh ciel I combien de fois je l'aurais écûircie , Si je n'eusse à sa haine exposé que ma vie ; Si je n'avais pas craint que ses soupçons jaloux N'eussent trop aisément remonté jusqu'à vous ! Et j'irais l'abuser d'une fausse promesse ? Je me parjurerais ? et , par cette bassesse... Ah I loin de m'ordouner cet indigne détour, Si votre cœur était moins plein de son amour. Je vous verrais, sans doute, en rougir la première. Mais , pour vous épargner une injuste prière , Adieu , je vais trouver Roxane de ce pas ; Et ie vous quitte.

ATAUDE.

Et moi , je ne vous quitte pos.

3S1 &AJÀZET.

Venez, cruel, veuez, je vais vous y conduire; Et de tous nos secrets c'est moi qui veux l'instruire. Puisque, malgré mes pleurs , mon amant furieux Se lait tant de plaisir d'expirer à mes yeux , Roxanei malgrà vous, nous joindra Tun et l'autre : Elle aura plus de soif de mon sang que du vôtre ; Et je pourrai donner à vos yeux effhtyés Le spectacle sanglant que vous me prépariez.

BAJAZBT.

Oh ciel ! que &ites-vous?

ATALIDE

Cruel t pouvez-vous croire Que je sois moins que vous jalouse de ma gloire ? Pensez- vous que cent fois, en vous faisant parler, Ma rougeur ne fût pas prête à me déceler ? Mais on me présentait votre perte prochaine. Pourquoi fautnl , ingrat , quand la mienne est certaine » Que vous n'osiez pour moi ce que j'osais pour vous ? Peut-être il suffura d'un mot un peu plus doux : Roxane dans son cœur peut-être vous pardonne. Vous-même , vous voyez le temps qu'elle vous domie : A-t-elle, en vous quittant, fait sortir le vizir? Des gardes à mes yeux viennent-ils vous saisir ? fclufm, dans sa fureur implorant mon adresse, Ses pleurs ne m'ont-ils pas découvert sa tendresse ? Peut-être elle n'attend qu'un espoir incertain Qui lui fasse tomber les armes de la main. Allez , seigneur, sauvez votre vie et la mienne.

Eh bien... Mais quels discours faut-il que je lui tienne ?

ATAUDE.

Ah! daignez sur ce choix ne me point consulter. L'occasion , le ciel pourra vous les dicter. Allez : entre elle et vous je ne dois point paraître ; Votre trouble ou le mien nous ferait reconnaître. Allez : encore un coup, je n'ose m'y trouver : Dites... tout ce qu'il faut, seigneur, pour vous sauver.

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