‹ Théâtre complet de J. RacineChapitre 289 sur 716 · SCÈNE I · texte numérisé non relu

SCÈNE I

ATALIDE, ZAÏRE

ÂTALIDC.

Zaïre , fl* est donc vrai sa grâee est prononcée ?

Je vous l'ai dit\ madame : une esclave empressée, Qni courait de Roxane accomplir ledésir. Aux portes du sérail a reçu le yizir.

Us ne m'ont point parlé; mais» noieux qu^aucuu langage, Le transport du Tizir marquait sur son visage Qu'un heureux changement le rappelle au palais , Et qu'O y vient signer une étemeUe paix. Roxane a pris , sans doute , une plus douce voie.

ATALIDE

Ainsi y de toutes parts , les plaisirs et la joie M'a))andonDent , Zaïre, et marchent sur leurs pas. J'ai fait ce que j*ai dû ; je ne m'en repeus pas.

ZAÏRE

Quoi, madame 1 quelle est cette nouvelle alarme?

ATAUDE.

Et ne t'a-t-on point dit , Zaïre , par quel charme , Ou , pour mieux dire enufin , par quel engagement Bajazet a pu faire un si prompt changement? Roxane en sa fureur paraissait inflexible; \-t-élle de son cœur quelque gage infaillible? Parle. L*épouse-t-il?

ZAÏRE

Je n'en ai rien appris.

Mais enfin s'il n'a pu se sauver qu'à ce prix ; S'il fait ce que vous-même avez su lui prescrire ; S'y l'épouse , en un mot...

ATALIDE

s'il l'épouse • Zaïre l

ZAÏRE

Quoi 1 vous repentez-Yous des généreux discours

354 BAJâZCT.

Qiie vous dictait le soin de conserver ses jour»?

ATALIDE

Non , non ; il ne fera que ce qu'U a dû faire. Sentiments trop jaloux , c'est à vous de you? taire : Si Bajazet l'épouse , il suit mes volontés ; Respectez ma vertu qui vous a surmontés ; A ses nobles conseils ne mêlez poipt le vôtre ; Et , loin de me le peindre entre les bras d'une autre , Laissez-moi , sans regret , me le représenter Au trône où mon amour Ta forcé de monter. Oui , je me reconnais , je suis toujours la même. Je voulais qu'il m'aimât , chère Zaïre ; il m'aime : Et du moins cet espoir me console aujourd'hui Que je vais mourir digne et contente de lui.

auiiRE.

Mourir! Quoi! vous auriez un dessein si ffmeste?

ATALIDE

J'ai cédé mon amant ; tu t'étonnes du reste ? Peux-tu compter, Zaïre, au nombre desnialheiurs Une mort qui prévient et finit tant de pleurs? Qu'il vive , c'est assez. Je l'ai vouhi , sans doute ; Et je le veux toujours, quelque prix qu'il m'en coûte : Je n'examine pomt ma joie on mon ennui ; J^aime assez mon amant pour renoncer à lui. Mais , hélas! il peut bien penser avec justice Que , si j'ai pu lui faire un si grand sacrifice , Ce cœur , qui de ses jours prend ce funeste soin , L'aime trop pour vouloir en être le témoin. Allons , je veux savoir...

ZAÏRE

Modérez-vous , de grâce :

On vient vous informer de tout ce qui se passe. C'est le vizir.

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