ACTE 11, SCÈNE V
Cet ordre , c« discours que je ne puis compreiulre ? Serait-il vrai , grands dieux I que trop aimé de vous Phamace eût en effet mérité oe coorroai ? Plkamace aurait-il part à ce désordre extrême ?
MOKUfB,
Ptiamace ? oh dd t Phamace ! AIi I qu'entends-je moi-mAme >
Ce n'est donc pas asses que oe funeste jour
A tout ce que j*aimais m'arrache sans retour.
Et qae » de mon devoir esdare infortunée,
A d'étemds ennuis je me voie enchaînée ;
Il faut qu'on joigne aicor l'outrage à mes douleurs :
A rameur de Phamace on impute mes pleurs ;
Malgré toute ma haine on veut qu'il m'ait su plaire.
Je le pardonne an roi , qu'aveugle sa colère ,
Et qui de mes secrets ne peut être éelaird :
Mate vous, seigneur, mais vous, me traitez-vous ainsi?
XtPnARÈS.
Ah ! Doadame , excusez un amant qui s'égare , Qui hii-méme , lié par un devoir barbare , Se voit près de tout perdre , et n'ose se venger* Mais des fîireurs du roi que puis-je enfin Juger? 11 se plaint qu'à ses voeux un autre amour s'oppose : Quel heureux criminel en peut être la cause? Qui? Parlez.
MOIfIME.
Vous cherchez , prince , à vous tourmenter. Plaignez votre malheur, sans vouloir l'augmenter.
Je sais trop quel tourment je m'apprête moi-même. C'est peu de voir un père ^user ce que j'aime ; V<nr encore un rival honoré de vos pleurs , Sans doute c'est pour moi le comble des malheurs : Mais dans mon désespoir je cherche à les accroître. Madame, par pitié , faites-le-moi connottre y Quel est-il cet amant ? qui dois-je soupçonner ?
MONIME
Avez-vous tant de peine à vous Timagincr ? Tantôt , quand je fuyais une injuste contrainte , A qui contre Phamace ai-je adressé ma plainte? Sous quel appui tantôt mon cœur s*est-il jeté •* Quel amour ai-je enfin san$« œlère écouté?
kOS MiniRtOATE.
XIPUARÈS.
Oh cid ! quoi ! je serais ce bienheureux coiiftabto Que TOUS ayez pu Yoir d'un regard favorable ? Vos pleurs pour Xipharès auraient daigné couler?
MONIME
Oui, prince : il n'est plus temps de le dissimuler; Ma douleur pour se taire a trop de violenee. Un rigoureux devoir me condamne au silence; Mais il fiuit bien enfin , malgré ^es dures lois , IVler pour la première et la dernière (ois. Vous m'aimez dès longtemps : une égale tendresse Pour vous depuis longtemps m'afflige et m'intéresse. Songez depuis quel jour ces funestes appas Firent naître un amour qu'ils ne méritaient pas ; Rappelez un espoir qui ne vous dura guère, Le trouble oii vous jeta l'amour de votre père , Le tourment de me perdre et de le voir heureux , Les rigueurs d'un devoir contraire à tous vos vœux : Vous n'en sauriez , seigneur, retracer la mémoire. Ni conter vos malheurs , sans conter mon histoire ; Et , lorsque ce matin j'en écoutais le cours, Mon cœur vous répondait tous vos mêmes discours. Inutile, ou plutôt funeste sympathie I Trop parfaite union par le sort démentie ! Ali I par quel soin cruel le ciel avait-il joint Deux cœurs que l'un pour l'autre il ne destinait point! Car, quel que soit vers vous le penchant qui m'attire. Je vous le dis , seigneur, pour ne plus vous le dire , Ma gloire me rappelle , et m'entraîne à l'autel , Où je vais vous jurer un silence éternel. J'entends , vous gémissez : mais telle est ma misère. Je ne suis point à vous , je suis à votre père. Dans ce dessein vous-même il faut me soutenir^ Et de mon faible cœur m'aider à vous bannir : J'attends du moins , j'attends de votre complaisance Que désormais partout vous fuirez ma présence. J'en viens de dire assez pour vous persuader Que j'ai trop de rusons de vous le commander. Mais après ce moment, si ce cœur magnanime D'un véritable amour a brûlé iJourMoniroe, Je ne reconnais plus la foi de vos discours ,