‹ Théâtre complet de J. RacineChapitre 34 sur 716 · ÉTÉOCLE, CRÉON · texte numérisé non relu

ÉTÉOCLE, CRÉON

ÉTÉOCLE

Otii, CréoD, c*est ici qu'il doit bientôt se rendre; Et tous deux en ce lieu nous le pouvons attendre. Nous Terrons ce qu'il vent : mais je répondrais bicu Que par cette entrevue on n'avancera rien. Je connais Polynice et son humeur altière ; jd sais bien que sa haine est enoor tout entière; Je ne crois pas qu'on puisse en arrêter le cours ; Et pour moi , je sens bien que je le hais toujours.

CRÉON

Mais s'il vous cède enfin la grandeur souveraine , Vous devez, ce me semble , apaiser votre haine.

ÉTÉOCLB.

Je ne sais si mon coeur s'apaisera jamais :

Ce n'est pas son orgueil « c'est lui seul que je liais .

Vous avons l'un et l'autre une haine obstinée :

Elle n'est pas , Créon , l'ouvrage d'une année ;

Elle est née avec nous ; et sa noire fureur.

Aussitôt que la vie , entra dans notre cœur.

Mous étions ennemis dès la plus tendre enfance;

Que dis-je I nous l'étions avant notre naissance :

Triste et fatal effet d'un sang incestueux 1

Pendant qu^m même sdn nous renfermait tous deux ,

Dans les flancs de ma mère une guerre intestine

De nos divisions lui marqua l'origine.

Elles ont , tu le sais, paru dans le berceau ,

Et nous suivront peut-être encor dans le tombeau.

On dirait que le del , par un arrêt funeste ,

Voulut de nos parents punir ainsi l'inceste;

Et que dans notre sang il voidut mettre au jour

Tout ce qu'ont de plus noir et la haine et l'amour.

VA maintenant , Créon , que j'attends sa venue ,

ACTK IV , SC£N£ IL 4t

!Ve crois pas que pour hii ma haine diminue; Plus fl approche , et plus il me semble odieux ; Et sans doute il faudra qu'elle éclate à ses yeui. J'aurais même regret qu'A me quittât Tempire : Il font, il faut qu'il fuie , et non qu'il se retire. Je ne Yeux point , Créon , le haïr à moitié , Et je crains son courroux moins que son amitié. Je Teux , pour donner cours à mon ardente Iiainc , Que sa fureur au moins autorise la mienne ; Et puisqu'eofin mon oceurne saurait setraliir, Je veux qu'il me déteste, afin de le haïr. To Terras que sa rage est encore la même , El que toujours son cœur aspire au diadème ; Qu'il m'abhorre toujours, et Teut toujours régner ; Et qu'on peut bien le yaincre, et non pas le gagner.

CBÉON. .

Dompte^ledonc, seigneur, s'il demeure inflexible;

Quelque fier qu'il puisse être, il n'est pas invincible :

Kl puisque la raison ne peut rien sur son cœur,

ÉprouTez ce que peut un bras toiyours vainqueur.

Oui, quoique dans la paix je trouvasse des charmes.

Je serai le premier à reprendre les armes ;

Et si je demandais qu'on en rompit le cours ,

Je demande encor plus que vous régniez toujours.

Que la guerre s'enflamme et jamais ne finisse ,

S'il fout, avec la paix , recevoir Polynice.

Qu'on ne nous vienne plus vanter un bien si doux ;

La guerre et ses horreurs nous plaisent avec vous.

Tout le peuple tliébain vous parle par ma bouche ;

Ne le soumettez pas à ce prince farouche :

Si la paix se peut faire , il la veut comme moi ;

Surtout , si vous l'aimez, conservez-lui son rot

Cependûit écoutez le prince votre frère ,

Et , s'il se peut, seigneur, cachez votre colère;

Feignez... Mais quelqu'un vient.

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