‹ Théâtre complet de J. RacineChapitre 39 sur 716 · ACTE IV, SCÈNK · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCÈNK

JOCASTB.

Faites plus , tenez tout de votre grand courage; Que votre bras tout seul fasse votre partage; Et , âéâa^oant les ^s des autres souverains , Soyez , mon fils , soyez Fouvrage de vos mains. Par d'Ulustres exploits couronnez- vous v^Nis-mènie, Qu'un superbe laurier soit votre diadème; Uégaez et triomphez, et joignez à la fois La gloire des héros à la pourpre des rois. Quoi ! votre ambition serait-elie bornée A régner tour à tour respace d*une année? Cherchez à ce grand cœur, que rien ne peut dompter, Qudque tarône où vous seul ayez droit de monter. Mille sceptres nouveaux s'offrent à votre épée. Sans que d'un sang si cher nous la voyions trempée. Vos triomphes pour moi n'aurontrien que de doux , Et votre frère même ira vaincre avec vous.

POLTNIGE.

Vous voulez que mon cœur, flatté de ces chhnères. Laisse un usurpateur au tr6ne de mes pères?

JOCASTE

Si VOUS lui souhaitez en effet tant de mal , Élevez-le vous-même à ee trdne fatal.

Ce trône fut toujours un dangereux abîme; La foudre l'environne aussi bien que le crime : Votre père et les rois qui vous ont devancés , Sitot qu'ils y montaient, s'en sont vus renversés.

POLTNICE. *

Quand je devrais au ciel rencontrer le tonnerre , J'y monterais plutôt que de ramper à terre. Mon cœur, jaloux du sort de ces grands malheureux , Veut s'âever, madame , et tomber avec eux.

ÉTÉOCLE

Je saurai l'épargner une chute si vaine.

POLTNICE.

Ah ! ta chute , crois-moi , précédera la mienne.

JOCA&TE.

Mon fils, son règne plaît.

POLYMICE.

Mais il m'est odieux.

JOCASTB.

U !i pour lui le peuple.

48 LtS FREitKS ENNEMIS.

POLVNICE.

Et j'ai pour moi les dieux.

éréocLB.

F^es dieux de ce haut rang te voulaient interdire , Puisqu'ils m'ont élevé le premier à l'empire : Ils ne savaient que trop » lorsqu'ils firent ce choix , Qu'on veut régner toujours quand on règne une foift. Jamais dessus le trône on ne vit plus d'un maître ; Il n'en peut tenir deux , quelque grand qu'il puisse être ; L'un des deux , tôt ou taôrd , se verrait renversé ; Et d'un autre soi-même on y serait pressé. Jugez donc , par l'horreur que ce méchant me donne , Si je puis avec lui partager la couronne.

POLTTUCE.

Et moi je ne veux plus » tant tu m'es odieux , Partager avec toi la lumière des cieux.

JOCASTE

Allez donc , j'y consens , allez perdre la vie ; A ce cruel combat tous deux je vous convie ; Puisque tous mes efforts ne sauraient vous changer. Que tardez-vous? allez vous peidre et me venger. Surpassez, s'il se peut , les crimes de vos pères : Montrez , en vous tuant , comme vous êtes frères ; Le plus grand des forfaits vous a donné le jour, Il faut qu'un crime égal vous l'arrache à son tour. Je ne condamne plus la fureur qui vous presse; Je n'ai plus pour mon sang ni pitié ni tendresse : Votre exemple m'apprend à ne le plus chérir; Et moi je vais, cruels, vous apprendre à mourir.

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