‹ Théâtre complet de J. RacineChapitre 470 sur 716 · SCÈNE I · texte numérisé non relu

SCÈNE I

MONIMË, PHŒD]M£.

MOHniB.

Phœdime, au nom des dieux , fais ce que je désire;

Va Yoir ce qui se passe , et reviens me )e dire.

Je ue sais; mais mon coeur ne se peut rassurer :

Mille soupçons aflireux Tiennent me déchirer.

Que tarde Xipharès? Et d'où Tient qu'il difTère

A seconder des tocux qu'autorise son père?

Son père, en me quittant , me l'allait envoyer...

Mais 0 feignait peut-être. Il fiUlait tout nier.

r^e roi feignait! et moi, déoourrant ma pensée...

O dieux! en ce péril m*auriez-TOus délaissée?

Et se pourrait-il bien qu'à son ressentiment

Mon amour indiscret eût liTré mon amant?

Quoi , prince ! quand tout plein de ton amour extrêttie

Pour savoir mon secret tu me pressais toi-mèmo ,

Mes refus trop cruels Tingt fois te l'ont caché;

Je t'ai même puni de l'avoir arraché :

Et quand de toi peut-être un père se défie ,

Que dis-Je ? quand peut-être il y va de ta Tie ,

Je parle ; et , trop fkdle à me laisser tromper,

Je lui marque le coour où sa main doit frapper '

PHOEDIME.

Ah ! traitez-le , madame , avec plus de justice ; Un grand roi descend-il jusqu'à cet artifice? A prendre ce détour qui l'aurait pu forcer? Sans murmure à l'autel vous l'alliez devancer. Voulait-il perdre un fils qu'il aime avec tendresse ? Jusqu'ici les efTets secondent sa promesse : Madame , il vous disait qu'un important dessein , Malgré hii , le forçait à vous quitter demain : Ce seul dessein l'occupe ; et , hâtant son voyage , Lui-même ordonne tout, présent sur le rivage ; Ses vaisseaux en tous Heux se chargent de soldats.

«1t MITHftlDATE.

et partout Xipliarès accompagne se» pas. D'un rival en fureur est-ce là la conduite ? Et Toit-on ses discours démentis par la suite f

MONIIIB.

Pliamace cependant , par son ordre arrêté , Trouve en lui (f un rivai toute la duefé. Phcediaie, à Xipbarès fera-t-il [dus de grékce?

C'est fami des Romains qu'il punit en Pharnace : L'amour a peu de part à ses lustes soupçons.

MOfUMB.

Autant que je le puis, je cède à tes raisons; Elles calment un peu l'ennui qui me dévore. Mais pourtant Xipharès ne parait point encore.

PBOBDmE.

Vaine erreur des amants, qui , pleins de leurs désirs. Voudraient que tout Cédât au soin de leurs plaisirs I Qui , prêts à s'irriter contre le moindre obstacle...

UONIMB.

Ma Phœdime, eh! qui peut concevoir ce miracle.' Après deux ans d'ennuis » dont tu sais tout le poids. Quoi ! je puis respirer pour la preodère fois t Quoi ! cher prince , avec toi je me verrais unie ! Et , loin que ma tendresse eût exposé ta vie , Tu verrais ton devoir, je verrais ma vertu , Approuver un amour si longtemps eombattu ! Je pourrais tous les jours f assurer que je t'aime ! Qneneviens-tu?

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