‹ Théâtre complet de J. RacineChapitre 471 sur 716 · ACTE iV, SCÈMË II · texte numérisé non relu

ACTE iV, SCÈMË II

MONIMR.

Qu*oiiterKis-je? Oii me disait... Hélafi! il6 m'ont trahie.

XIPHARÈS

Madame , je ne sais quel ennemi cooTert ,

Révélaut nos secrets , yous traliit , et me perd.

Mais l€ roi , qai tantôt n'en croyait point Pharnace ,

Maintenant dans nos cceurs sait tout ce qui se passe.

Il feint f il me caresse , et cache son dessein :

Mais moi , qui , dès Tenfànce éleyé dans son sein

De tous ses mouTeraents ai trop d*inteUigence ,

J'ai lu dans ses regards sa prochaine Tengeance.

Il presse , fl fait partir tous ceux dont mon malheur

Pourrait à la réTolte exciter la douleur.

De ses fausses bontés j'ai connu la contrainte.

Un mot même d'Arbate a confirmé ma crainte :

Il a su m'aborder ; et , les larmes aux yeux ,

n On sait tout, m'a-t-il dit ; sauvez-Tous de ces lieux ! » ;

Ce mot m'a (Ût frémir du péril de ma reine;

£t ce cher intérêt est le seul qui m'amène.

Je vous crains pour Tous-mème : et je viens à genoux.

Vous prier, ma princesse , et vous fl^ir pour vous.

Vous dépendez ici d'une main violente ,

Que le sang le plus cher rarement épouvante;.

Et je n'ose vous dire à quelle cruauté

Mithridate jaloux s'est souvent emporté.

Peutètre c'est naoi seul que sa fureur menace;

Peut-être , en me perdant , il veut vous faire grftoe :

Daignez , au nom des dieux , daignez en profiter ;

Par de nouveaux refus n'allez point Firriter.

Moins vous l'aimez , et plus tâchez de lui complaire ;

Fdgnez; efibrcez-vous : songez qu'U est mon père.

Vivez ; et permettez que dans tous mes malheurs

Je puisse à votre amour ne coûter que des pleurs.

Ah ! je vous ai perdu !

XIPUARÈS.

Généreuse Monime , Ne vous imputez point le malheur qui m'opprime. Votre seule bonté n'est point ce qui me nuit : Je suis un malheureux que le destin poursuit ; C'est lui qui m*a ravi l'amitié de mon père »

4)4 MITHRIOATE.

Qui le fit mon rival , qiii révolta ma mère , Kt vient de susciter, dans ce moment affreux , Un secret ennemi pour nous trahir tous deux.

HONIHË.

lié quoi ! cet ennemi , vous l'ignorez encore?

XIPHARÈS

l*our surcroît de douleur, madame | Je l'ignore. Heureux si je pouvais , avant que m'inunoler, l^ercer le traître cœur qui m'a pu déceler t

HONIHfi.

Eh bien , seigneur, fl faut vous le faire connaître. Ne chercliez point ailleurs cet ennemi , ce traître ; Frappez : aucun respect ne vous doit retenir. J*ai tout fait, et c'est moi que vous devez punir.

Vous!

MONIME

Ah 1 si vous saviez , prince , avec quelle adresse Le cruel est venu surprendre ma tendresse l Quelle amitié sincère il affectait pour vous ! Content , s'il vous voyait devenir mon époux I Qui n'aurait cru... Mais non , mon amour plus timide Devait moins vous livrer à sa bonté perfide. Les dieux qui m'inspiraient , et que j'ai mal suivis , M'ont fait taire trois fois par de secrets avis. J'ai dû continuer ; j'ai dû dans tout le reste... Que sais-je enfin? j'ai dû vous être moins funeste ; J'ai dû craindre du roi les dons empoisonnés ; Et je m'en punirai si vous me pardonnez.

XIPHARÈS

Quoi I madame, c'est vous , c'est l'amour qui m'expose; Mon malheur est parti d'une si belle cause ; Trop d'amour a trahi nos secrets amoureux : Kt vous vous excusez de m'avoir fait heureux ! Que voudrais-je de plus? glorieux et fidèle , Je meurs. Un autre sort au trône vous appelle : Consentez-y, madame; et , sans plus résister, Aclievez un hymen qui vous y foit monter.

MONIHE.

Quoi! vous me demandez que j'épouse un barbare Dont l'odieux amour pour jamais nous sépare?

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