‹ Théâtre complet de J. RacineChapitre 477 sur 716 · SCÈNE r · texte numérisé non relu

SCÈNE r

M(»fIME,PHŒDlME.

Madame /où courez-Yous ? Quels aveugles transfiorls Vous font tenter sur vous de criminels efforts? Hé quoi 1 vous avez pu , trop cruelle à TOus-méme, Faire un affreux lien d'un sacré diadème! Ah 1 ne Toyes^YOus pas que les dieux, plus humains. Ont eux-mêmes rompu ce bandeau dans vos mains?

MONIMB.

Hé ! par quelle fureur , obstinée à me suirre , Toi-même malgré moi veux-tu me (aire vivre? Xipharès ne vit plus ; le roi désespéré Lui-même n'attend plus qu'un trépas assuré : Quel fruit te promcts-tu de ta coupable audace ? Perfide', prétends-tu me livrera Phamace?

PHCEDIME.

Ah ! du moins attendez qu'un fidèle rapport De son malheureux frère ait confirmé la mort. Dans la confusion que nous venons d'entendre , Les yeux peuvenl4Is pas aisément se méprendre? D'abord , vous le savez , un bruit injiuieux Le rangeait du parti d'un camp séditieux ; Maintenant on vous dit que ces mêmes rebelUs

4St MITIIIUOATE.

Out loiirné coiiin* lui leurs armée crimiftieHc». Jugez de l'un par l'autre , et daignez écouter...

MONIME

Xipharès ne vit plus , il n'en faut point douter :

L'événement n'a point démenti mon attente.

Quand je n'en aurais pas la oouv^e san^ànte ,

11 est mort ; et j'en ai pour garants trop certains

Son courage et son nom , trop suspecta aux Romaifis.

Ah l que d'un si beau sang dès longtemps altérée

Rome tient maintenant sa victoire assurée !

Quel ennemi son bras leur allait opposer !

Mais sur qui, malheureuse , oses-tu t'excuser ?

Quoi ! tu ne veux pas voir que c'est toi qui l'opprimes,

Et dans tous ses malheurs reconnaître tes crimes.

De combien d'assassins l'avais-je enveloppé!

Conmient à tant de coups serait-il échappé?

Il évitait eu valu les Romains et son frère :

Ne le livrais-je pas aux fureurs de son père?

C'est moi qui , les rendanll'un de l'autre jalonv ,

Vins allumer le feu qui les embrase tons :

Tison de la discorde , et fatale furie

Que le démon de Rome a formée et nourrie I

Et je vis ! Et j'attends que de leur sang baigné

Phranace des Ronvûns revienne accompagné ,

Qu'il étale à mes yeux sa parricide joie !

r^ mort au désespoir ouvre plus d'une voie :

Oui, cruelled, en vain vos injustes secours

Me ferment du tombeau les chemins les plus courlâ ;

Je trouverai la mort jusque dans vos bras même.

Et toi , fatal tissu , malheureux diadème , Instniment et témoin de toutes mes douleurs , Bandeau , que mille fois j'ai tremi^é de mes pleurs. Au moins, en terminant ma vie et mon supplice, Ne pouvais-tu nie rendre un funeste service? A mes tristes regards , va , cesse de t'offrir ; D'autres armes sans toi sauront tùe secourir : Et périsse le jour et la main meurtrière Qui jadis sur mon front t'attacha la première I

* PHOEDIME.

On vient, madame, on vient; et j'o(;père qu'Arc^à, Pour bannir vos frayeurs , porte vers vous ses pas.

aCTK V, SCÈNE II. ^^^

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