‹ Théâtre complet de J. RacineChapitre 488 sur 716 · ACTE I, SCÈNE III. khi · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE III. khi

Ganlez-vous de réduire on peuple furieux , Seigneur , à prouoneer entre tous et les dieux. N'estrce pas vous enfin de qui la voix pressante Nous a tous appelés aux campagnes du Xanthe ; £t qui de TÎUe en ville attestiez les serments Que d'Hélène autrefois firent tous les amants , Quand presque tous les Grecs , riTaux de votre frère, La demandai€9at en foule à Tyndare son père? De quelque heureux époux que l'on dût faire choix , Nous juràmes dès lors de défendre ses droits ; Et /si quelque insolent lui volait sa conquête , Nos mains du ravisseur lui promirent la tète. Mais sans vous, ce serment que Famour a dicté , Libres de cet amour , Taurions-nous respecté? Vous seul, nous arrachant à de nouveDes flammes, Nous avez fait laisser nos enfants et nos femmes. Et quand, de tontes parts assemblés en ces lieux , L'honneur de vous venger brille seul à nos yeux ; Quand la Grèce , déjà vous donnant son sufiVage , Vous reconnaît Fauteur de ce fameux ouvrage; Que ses rois, qui pouvaient vous disputer ce rang , Sont prêts pour vous servir de verser tout leur sang : Le seul Agamemnon , refusant la victoire , N^ose d'un peu de sang acheter tant de gloire ; Et , dès le premier pas se laissant effrayer , Ne commande les Grecs que pour les renvoyer !

AGÀHEHNON.

Ah seigneur I qu*éloigné du malheur qui m'opprime, Votre CGBur aisément se montre magnanime ! Mais que , à vous voyiez ceint du bandeau mortel Votre fils Télémaque approcher de l'autel , Nous vous verrions , troublé de cette affreuse image , Changer bientôt en pleurs ce superbe langage. Éprouver la douleur que j'éprouve aujourd'hui , Et courir vous jeter entre Calchas et lui l Seigneur, vous le savez , f ai donné ma parole ; Et si ma fille vient, je consens qu'on l'immole : Mais , malgré tous mes soins , si son heureux destin La retient dans Argos , ou Farrête en cliemln , Souffrez que , sans presser ce barbare spectacle , En faveur de mon sang j'explique cet obstacle ,

162 IPUIGEMIE.

Que j'ose pour ma fille accepter le secours De quelque dieu plus doux qui veille sur ses joun. Vos conseils sur mon coeur n'ont eu que trop d*empi«e» kt je rougis.»

AGAMEMNON, ULYSSE, ËURYBATE.

EURYRATE.

Seigneur...

AGAHEMNON.

Ah ! que vient-on me dire?

EURYBATB.

La reine , dont ma course a devancé les pas , Va remettre bientôt sa fille entre vos bras; Elle approche. Elle s'est quelque temps égarée Dans ces bois qui du camp semblent cacher rentrée; A peine nous avons , dans leur obscurité, Retrouvé le chemin que nous avions quitté.

AGAMEMNON

Ciel!

ËURYBATE.

Elle amène aussi cette jeune Ériphile Que Lesbos a livrée entre les mains d'Achille, Et qui de son destin , qu'elle ne connaît pas. Vient, dit-elle, en Aulide interroger Calchas. Déjà de leur abord la nouvelle est semée ; Et déjà de soldats une foule charmée , Surtout d'Iphigénie admirant la beauté , Pousse au ciel mille vœux pour sa félicité. Les uns avec respect environnaient la reine; D'autres me demandaient le sujet qui l'amène : Mais tous ils confessaient que si jamais les dieux Ne mirent sur le trône un roi plus glorieux , Également comblé de leurs faveurs secrètes , Jamais père ne fut plus heureux que vous l'èteft.

AGAUEHNON.

Eiirybatc, il gufliit; vous pouvez nous laisser : Le reste me regarde , et je vais y penser.

Page 1