‹ Théâtre complet de J. RacineChapitre 536 sur 716 · ACTE V. SCÈNE VI · texte numérisé non relu

ACTE V. SCÈNE VI

Mais, quoique seul pour elle ,(AelMUie furieux

Épouvantait Tarmée , et partii^eait les dieux^

Déjà de traits en Tair s'élevait un nuage ;

]>éjà coulait le sang , prémices du carnage :

Entre les deux partis Calchas s*est avancé ,

L*œil farouche , l'air sombre , et le poil hérissé ,

Terrible , et plein du dieu qui l'agitait sans doute :

« Vous, Achille, a-t-il dit, et vous, Grecs , qu'on ni*éco<ilP.

« Le dieu qui maintenant vous parle par ma voix

« M'explique son oracle , et m'instruit de son choi^c. '

n Un autre sang d'Hélène , une autre Iphigénie

« Sur ce bord immolée y doit laisser sa vie.

«( Thésée avec Hélène uni secrètement

<< Fit succéder l'hymen à son enlèvement :

« Une fille en sortit , que sa mère a celée ;

« Du nom dlphigénie elle fut appelée.

« Je vis moi-même alor» ce fruit de leurs amours :

a D'un sinistre avenir je menaçai ses jours.

« Sous un nom emprunté sa noire destinée

« Et ses propres fureurs ici l'ont amenée.

<t Elle me voit , m'entend , elle est devant vos yeux ;

<c Et c'est elle, en un mot, que demandent lés dieux. »

Ainsi parle Calchas. Tout le csmp immobile

L'écoute avec frayeur, et regarde Ériphile.

Elle était à l'autel ; et peut-être en son cœur

Du fatal saciilioe accusait la lenteur.

Elle-même tantôt , d'une course subite ,

Était venue aux Grecs annoncer votre fuite.

On admire en secret sa naissance et son sort.

Mais y puisque Troie enfin est le prix de sa mort ,

L'armée à haute voix se déclare contre elle ,

Et prononce à Calchas sa sentence mortelle.

Déjà poar la saisir Calchas lève le bras.

« Arrête, a-t-eUe dit, et ne m'approche i)as.

« Le sang de ces héros dont tu me fais descendre

n Sans tes profanes mains saura bien se répandre. »

Furieuse eUe vole , et sur l'autel prochain

Prend le sacré couteau , le plonge dans son sein.

A peine son sang coule et faij rougir la terre ,

Les dieux font sur l'autel entendre le tonnerre ,

Les vents agitent l'air d'heureux frémissements,

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et la mer leur répond par ses mugissement»; La rive au loin gémit, blanchisiumte d*écume ; La flamme du bCKdier d'elle-même s'allume ; Le cid brille d'éclairs, s'entr'onvre , et parmi nou» Jette une sainte horreur qui non» rassure toua Le soldat étonné dit que dans une nue Jusque sur le bûcher Diane est descendue Et croit que,^ s'élevant au travers de ses feux , Elle portait au ciel notre encens et nos voeux. Tout s'empresse , tout part. La seule Iphigénie Dans ce commun bonheur pleure son ennemie» Des mains d'Agamemnon venez la recevoir : Venez. Achille et lui , brftlant de vous revoir. Madame , et désormais tons deux d'intelligence , Sont prêts à confirmer leur auguste alliance.

CLTTEMNESTRE.

Par quel prix , quel encens , 6 ciel , puis-je janiai». Récompenser Aehille, et payor tes bien£utst

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