‹ Théâtre complet de J. RacineChapitre 537 sur 716 · PREFACE DE PHÈDRE · texte numérisé non relu

PREFACE DE PHÈDRE

Voici encore une tragédie dont le si^et est prlA d'Euripidp, Quoique t'aie sulTi une roate un pea différente de celle de cet auteur pour la condoite de l'action , ]e n'ai pas laissé d'enrlclilr ma pièce de tout ce qui m'a psurn le plos éclatant dans la sienne. Quand Je ne lui devrai» qae la seule idée du caractère de Phèdre , Je pourrais dire que Je lui dois ce que t'ai peut-être mis de plus raisonnable sur le théâtre. Je ne suis point étonné que ce caractère ait eu un succès si heureux du temps d*Eurlplde, et qu'Hait encore si bien réussi dans notre siècle, puisqu'il a toutes les qualités qu'Aristote demande dans le héros de la tragédie, et qui sont propres & exciter la compassion et la terreur. En effet, Phèdre n'est ni tout à fait coupable, ni tout & fait innocente. Elle est engagée, par sa destinée et par la colère des dieux , dans une passion illégitime , dont elle a horreur toute la première : elle fait tous ses efforts pour la surmonter : elle aime mieux se laisser mourir que de la déclarer à personne ; et , lorsqu'elle est forcée de la découvrir, elle en parle avec une confusion qui fait bien voir que son crime est plutôt une punition des dieux, qu'un mouvement de sa vc^onté.

J'ai même pris soin de b rendre un peu moins odieuse qu'elle n'est dans les tragédies des anciens , où elle se résout d'elle-même a accus er Hlppolyte. J'ai cm que la calomnie avait quelque chose de trop bas et de trop noir pour la mettre dans la bouche d'une princesse qui a d'ail« leurs des sentiments si nolries et si vertueux. Cette bassesse m'a paru plus convenable h une nourrice , qui pouvait avoir des inclinations plus servUes , et qui néanmoins n'entreprend cette fausse accusation que pour sauver la vie et l'honneur de sa maîtresse. Phèdre n'y donne les mains que parce qu'elle est dahs une agitation d'esprit qui la met hors d'elle-même ; et elle vient un moment après dans le dessein de Justifier l'innocence et de déclarer la vérité.

HippolTte est accusé , dans Euripide et dans Sénèque , d'avoir en effet violé sa belle-mère : vlm corpus tulU, ^ali il n'est ici accusé que d'en avoir eu le dessein. J'ai voulu épargner à Thésée une confusion qui l'aurait pu rendre moins agréable aux spectateurs.

/our ce qui est du personnage d'Hippolyte, J'avais remarqué dans les aiiciens qu'on reprochait à Euripide de l'avohr représenté comme un philosophe exempt de toute Imperfection; ce qui faisait que la mort de ce Jeune prince causait beaucoup plus d'indignation que de pitié. J'ai cru lui devoir donner quelque faiblesse qui le rendrait un peu coupable envers son père , sans pourtant lui rien ôter de cette grandeur d'Ame avec laquelle U épargne l'honneur de Phèdre , et se faLsse opprimer sans l'accuser. J'appelle faiblesse la passion qu'il ressent malgré loi pour Aricie, qui est la fiUe et la sœur des ennemis mortels de son père.

Cette Aricie n'est point un personnage de mon invention. Virgile dit qu'Ilippolyte l'épousa, et en eut un fils , après qu'Ësculape l'eut ressuscité : et J'ai lu encore dans quelques auteurs qu'IIippoly te avait épousé et emmené en Italie une Jeune Athénienne de grande naissance qui «'appelait Aricie , et qui avait donné son nom à une petite ville d'itilic.

£(|0 PREFACI!:.

le rapporte c«s aalArltés, parce que Je tôt suis trèa-scmpuleusemeiM attaché A lolvre la fable. J'ai même «tin lliUtoirc de Thésée telle qu'elie est dana Flutarque.

Ccat dans cet hittorien qne j'ai trouTé que ce qui avait donné occasion de croire qne Thésée fût descendu dans les enfen pour enlerer Proserplne était nn Toyage que ce prince aTait fait en épire Tcrs la source de l'Achéron, ctiei un roi dont Pirithotts voulait enlerer la femme, et qui arrêta Thésée prisonnier, après ayoir fait mourir PIrithoSs. Ainsi J'ai tftché de eonserrer la Trais«nblance de l'histoire , sans rien perdre des ornements de la fable, qui fournit extrêmement à la poésie. Et le bruit de la mort de Thésée » fondé sur ce Toyage fabulenx , donne lien à Phèdre de faire une déclaration d'amour qui devient une des principales causes de son malheur, et qu'elle n'aurait jamais osé faire tant qu'elle aurait cru que son mari était vlTant

Au reste , Je n'ose oneore assurer que cette pièce soit en effet la laeUleure de mes tragédies ; je laisse et aux lecteurs et au temps à décider de son véritable prix. Ce que Je puis assurer, c'est que je n'en ai point fait i>ii la vertu soit plus mise en Jour que dans celle-ci. Les moindres fautes y sont sévèrement pnnl^ t laseule pensée du crime j est regardée avec autant d'horreur qne le crime même : les faiblesses de l'amour j passent pour de vraies faiblesses : les passions n'y sont présentées aux yeoxque pour montrer tout le désordre dont elles sont cause ; et le vice y est peint partout avec des couleurs qm en font connaître et haïr la difformité. Cest Ik proprement le but que tout homme qui travaille pour le publie doit se proposer; et c'est ce que les premiers portes tragiques avaient en vue tua toute chose. Leur théAtre était une école où la vertu n'était pas uKrtns bien enseignée que dans les écoles des philosophgb.Ans8i Aristote a bien voulu donner des règles du poème dramaâq(!e ; è^ Socrate, le plus sage des philosophes, ne dédaignait pas de mettre la main aux tragédies d'Euripide. U serait A souhaiter que nos ouvrages fussent aussi Holides et aussi pleins d'utiles instruction que ceux de ces poètes : ce serait peut-être un moyen de réconcilier la tragédie avec quantité de personnes célèbres par leur piété et par leur doctrine , qui l'ont condamnée dans ces derniers temps, et qui en jugeraient sans doute ptaH favorablçment, si les auteurs songeaient autant à instruire leurs spectateurs qu'A les divertir, et s'ils suivaient en cela la véritable intention de la tragédie.

ACTEURS

THISSÉB, fits d'Égéc , roi d'Athènes.

PHÈDRE , femme de Thésée , fille de Minos et de Paslphaé.

1UPC0LYTE, fils de Thésée, et d'Anttop(yeine des Amazoncfs.

ARICIB , princesse dn sang royal d'Athènes.

(KNOME, nourrice et confidente de Phèdre.

XUJSIMMÈRE, gouverneur d'Hlppolyte.

ISMÈTÏR, confidente d'Aricie.

PANORE, femme de la suite de Phèdre.

Gardes.

IjA scène est à Trézènc . ville du Péloponnèse

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