‹ Théâtre complet de J. RacineChapitre 573 sur 716 · ACTE IV, SCÈNE VI.' 54f · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCÈNE VI.' 54f

Mes crimes désormais omt comblé la mesure : Je respire à la fois l'inceste et Fimposture ; Mes homicides mains, promptes à me yenger, Dans le sang innocent brûlent de se plonger. Misérable ! Et je vis! et je soutiens la vue De ce sacré soleil dont je suis descendue ! J*ai pour aïeul le père et le maître des dieux ; Le ciel , tout l'univers est plein de mes aïeux : Où me cacher? Fuyons dans la nuit infernale. Mais que dis-je ! mon père y tient l'orne fatale ; Le sort , dit-on , l'a mise en ses sévères mains : Minos juge aux enfers tous les pftles humains.

Ah ! combien frémira sou ombre épouvantée

Lorsqu'il verra sa fille, à ses yeux présentée,

Contrainte d'avouer tant de forfEdts divers.

Et des crimes peut-être inconnus aux enfers ,

Que diras-tu , mon père , à ce spectacle horrible.'

Je crois voir de ta main tomber l'urne terrible;

Je crois te voir, cherchant un supplice nouveau ,

Toi-même de ton sang devenir le bourreau.

Pardonne. Un dieu cruel a perdu ta famille :

Reconnais sa vengeance aux fureurs de ta fille.

Hélas! du crime affireux dont la honte me suit

Jamais mon triste coeur n'a recueilli le fruit :

Jusqu'au dernier soupir de malheurs poursuivie.

Je rends dans les tourments une pénible vie.

OENOME.

Hé! repoussez, madame, une injuste terreur.

Regardez d'un autre ceil une excusable erreur.

Vous aimez. On ne peut vaincre sa destinée :

Par on charme fatal vous fûtes entraînée.

Ëst-ce donc un prodige inouï parmi nous ?

L'amour n*a-t-il encor triomphé que de vous ? ^

La faiblesse aux humains n'est qoe trop "rt""n^ ^^ Isj2>^

Mortelle , subissez le sort d'one mortelle.^^.*"''''^ «^^^

Voos vous plaignez d'un joug imposé dès longtemps :

Les dieux mêmes , les dieux de l'Olympe , habitants ,

Qoi d'un bruit si terrible épouvantent les crimes ,

Ont brûlé quelquefois de feux illégitimes.

Qu'entends-je ! Quels conseils ose-t-on me donner!

tK

y^^M^jJ^

yt2 PHÈDRE.

Ainsi donc jusqif au boot td veai m'empoisoniier,

Malheurease ! Voilà oonune tu m'as peidue.

Au jour que je fuyais c'est toi qui m'as rendue ;

Tes prieras m'ont fiiit oublier mon devoir :

J'évitais Hippolyte ; et tu me Tas fait yw.

De quoi te diargeais-tu ? Pourquoi ta bouche impie

A-t-eUe, en Taccusaoty osé neirclr sa TieP '

Il en mourra peut-être, et d'un père insensé

Le sacrillge tosii peut-être est exaucé.

Je ne t'écoute plus. Va-f en , monstre exécrable ;

Ya^ laisse-moi le soin de mon sort d^lorable.

Paisse le juste ciel dignement te payer?

Et puisse ton supplice à jamais effirayer

Tous ceux qui , comme toi , par de lâches adresses ,

.\)es princes malheureux nourrissent les faiblesses »

Les poussent au penchant où leur conir est enclin.

Et leur osent du crime aplanir le chemin I

Détestables flatteurs , présent le plus funeste

Que puisse fiiire aux rais la colère célestel

OBiroiiB, teole.

Ah dieux ! pour la senrir j'ai tout fiût , tout quitté ; Et j'en reçois ce prix! Je l'ai bien mérité.

Page 1