ACTE I, SCENE I
Je vins : niaîs je cachai ma race et mon pays. Qui pourrait cependant (^exprimer tes cabales Que formait en ces lieux ce peuple de rivales , Qui toutes, disputant un si grand Intérêt , Des yeux d'Assuérus attendaient leur arrêt ? Chacune avait sa brigue et de puissants suffrages : L'une d'un sang Tameux vantsdt les ayjmtages ; L'autre , pour se parer de superbes atours , Des plus adroites mains empruntait le secours : Et moi , pour toute brigue et pour tout artifice , De mes larmes au ciel j'offhds le sacrifice. Enfin on m'annonça l'ordre d'Assuérus.
Devant ce fier monarque, Élise, Je parus. Dieu tient le cœur des rois entre ses mains puissantes ; 11 fait que tout prospère aux âmes innocentes , Tandis qu'en ses projets l'orgue&leux est trompé. De mes faibles attraits le roi parut frappé : 11 m'observa longtemps dans un sombre silence ; Et le del , qui pour moi fit penclier la balance , Dans ce temps-là , sans doute , agissait sur son cœur. Enfin , avec des yeux où régnait la douceur : Soyez reine , dit-il ; et , dès ce moment même , De sa main sur mon front posa son diadème. Pour mieux faire éclater sa joie et son amour, Il combla de présents tous les grands de sa cour ; Et même ses bienfaits, dans toutes ses provinces, Invitèrent le peuple aux noces de leurs princes. Hélas t durant ces Jours de joie et de festins , Quelle était en secret ma honte et mes chagrins ! EsUier, disais-je , Esther dans la pourpre est assise ; La moitié de la terre à son sceptre est soumise : Et de Jérusalem l'herbe cache les murs ! Sion, repahre affreux de reptiles impurs, Voit de son temple samt les pierres dispersées ! Et du Dieu d'Israël les fêtes sont cessées !
ÉLISE
N'avez- vous point au roi confié vos ennuis.'
EOTIIER.
Le roi , jusqu'à ce jour, ignore qui je suis.
Celui par qui le ciel règle ma destmée
Sur ce secret encor tient ma langue enchaînée.
560 if^STHER.
iusE.
MArdochée? Hét peut-il «approcher de ces lieuK?
ESTHER
Son amhié pour moi le rend ingénieux.
Absent , je le consulte ; et ses réponses sages
Pour venir jusqu'à moi trouvent mille passages :
Un père a moins de soin du salut de son fils.
Déjà même , déjà , par ses secrets avis,
J'ai découvert au roi les sanglantes pratiques
Que formaient contre lui deux ingrats domestiques.
Cependant mon amour pour notre nation A rempli ce palais de filles de Sion : Jeunes et tendres fleurs, par le sort agitées, Sous un del étranger comme moi transplantées. Dans un lieu séparé de profanes témoins , Je mets à les fonner mon étude et mes soins; Et c'est là que , fuyant l'oi^eil du diadème. Lasse de vains honneurs, et me cherchant moi-même « Aux pieds de l'Étemel je viens m'bumilier. Et goûter le plaisir de me fiedre oublier. Mais à tous les Persans je cache leurs familles. 11 faut les appeler. Venez, venez, mes filles, Compagnes autrefois de ma captivité.
De l'antique Jacob jeune postérité.