ACTE II, SCÈNE I. m
nYDASPB.
Vous savez qu*6D s'en peut reposer sur ma fui ; Que ees portes^ seigneur, n'obéissent qu'à moi. Venez. Partout ailleurs on pourrait nous entendre.
AMAN
Quel est donc le secret que tu me veux apprendre ?
HYBASPE.
Seigneur, de vos bienfaits mille fois honoré ,
Je me souviens toujours que je vous ai juré
D'exposer à vos yeux , par des avis sincères ,
Tout ce que ce palais renferme de mystères.
Le roi d'un noir chagrin parait enveloppé ;
Qudque songe effinyant cette unit Ta frappé.
Pendant que tout gardait un sOence paisible,
Sa voix s'est fait entendre avec un cri terrible.
J'ai couru. Le désordre était dans ses discours :
Il s'est plaint d'un péril qui menaçait ses jours ;
11 parlait d'ennemi , de ravisseur farouche ;
Même le nom d'Ësther est sorti de sa bouche.
11 a dans ces horreurs passé toute la nuit.
Enihi , las d'appeler un sommeil qui le fuit ,
Pour écarter de lui ces images i^in^res »
Il s'est fait apporter ces annales célèbres.
Où les faits de son règne, avec soin amassés ,
Par de fidèles mains chaque jour sont trabés ;
On y conserve écrits le service et l'offense .
Monuments étemels d'amour et de vengeance.
Le roi , que j'ai laissé plus calme dans son lit , . D'une oreflle attentive écoute ce récit.
AHAN
De quel temps de sa. vie a-t-il choisi l'histoire ?
HYDA8PE
11 revoit tous ces temps si remplis de sa gloire , Depuis le fameux jour qu'au trône de Cyrus Le choivdu sort plaça l'heureux Âssuéros.
AMAN
Ce songe , Hydaspe , est donc sorti de son idée ?
U^DASPE.
Kntre tous les devins fameux dans la Chaldéc , 11 a lait assembler ceux qui savent le mieux Lire en un songe obscur les volontés des ciciix...
570 ESTUKB.
l^liiis quel trouble vouA-mème aujourd'hui vous agite? Votre àme en m'écontant parait tout interdite : Llieureui Aman a-t-il quelques secr^ ennuis?
AHAN
Peux-tu le demander dans la place où je suis ?
Haï , craint , enyié , aouTcnt plus misérable
Que tous les malheureux que mon pouvoir accable!
HYDASPB.
Hé t qui jamais du ciel eut des regards plus doux ? Vous voyez Tunivers prosterné devant vous*
ÂHAK.
L*univers ! Tous les jours un homme... un vil esclave» D*un front audacieux me dédaigne et me brave.
OTOASPE.
Quel est cet ennemi de TÉtat et du roi?
AMAN
Le nom de Mardochée est-il connu de toi ?
BTAASPB.
Qui ? ce chef d'une race abominable , impie ?
AHAIf.
Oui f lui-même.
HTDASPS.
Hé , seigneur 1 d'une si belle vie Un si faible ennemi peut-il troubler la paix?
L'insolent devant moi ne se courba jamais.
En vain de la faveur du plus grand des monarques
Tout révère à genoux les glorieuses marques;
Lorsque d'un saint respect tous les Persans touchés
N'osent lever leurs fronts à la terre attachés,
Lui , fièrement assis , et la tète inunobile ,
Traite tous ces honneurs d'impiété servile ,
Présente à mes regards un front séditieux ,
Kt ne daignerait pas au moins baisser les yeux.
Du palais cependant il assiège la porte :
A quelque heure que j'entre, Hydaspe, ou que je sorlo.
Son visage odieux m'afflige et me poursuit;
£t mon esprit troublé le voit encor la nuit.
Ce matin j'ai voulu devancer la lumière :
Je l'ai trou\é couvert d'une affreuse poussière.
Revêtu de lambeaux , tout pûlc ; mais son œil